Période sombre dans la période sombre dans la période sombre; je n ai jamais vécu une telle montagne de soucis, une telle noirceur en moi et hors de moi; une scène de la vie quotidienne dans une ville que je déteste (qu on m entende bien: 1) j ai aimé cette ville lorsque je la visitai enfant puis adolescent avec mes parents, venant alors de Tunis et 2) je ne méconnais pas le charme du à ses monuments je suppose que beaucoup d étrangers lui reconnaissent) mais...

Mais objectivement cette ville devient dure au quotidien: transports en commun moins fiables (bus: détournements inattendus, inexplicables d itinéraires, délais d attente souvent supérieurs à 10 minutes, personnes âgées, handicapées, mères accompagnées de petits enfants, "qu on se débrouille" sans compter l impolitesse générale; métros moins fréquents, arrêts entre stations plus fréquents, du reste souvent non expliqués, sans compter les agressions de voyageurs sur certaines lignes et à certaines heures); travaux partout et durant indéfiniment et souvent sans information; pollutions par les gaz d échappement des véhicules, et nanoparticules avec le résultat des problèmes respiratoires qui peuvent être dramatiques, pollution sonore avec les sirènes qui hurlent à plein tube; espaces verts dérisoires pour une ville hyperbétonnée; saleté générale avec des dépôts de vieux meubles restant longtemps sur les trottoirs, "économies de personnel oblige" (c est çà le libéralisme!), prix des locaux qui explose comme jamais avec comme effet l obligation de vous transporter dans des quartiers "mal famés" pour assister à une simple conférence, etc etc.

"Qui dit mieux?"; Bon je n habite pas Dacca ni Ouagadougou ni Caracas. Mais je vis en continu dans cette ville depuis 1962 et je peux en juger.

J ai de plus "la chance" de résider dans le 15me considéré comme bien et dans un immeuble plutôt agréable.

Mais l essentiel n est pas là;à l instar d un être humain, le physique certes compte mais c est le moral qui l emporte.

Et là c est la catastrophe ou l Apocalypse au choix. 

Un exemple? Après une longue sieste (que faire quand on n a plus qu un élève?) je m enhardis à sortir: le square St Lambert, espace vert proche, point trop désagréable et (encore) assez tranquille. Ce qui frappe le visiteur: l appariement d un banc et d UNE personne pour 95 % des cas: on est si bien seul (j'allais oublier l'essentiel en 2018, en compagnie du portable, beaucoup plus captivant, il faut croire qu un être humain) et ceci concerne tous les âges, toutes les origines, à l unique exception de quelques élèves d un lycée voisin qui échangent "joyeusement"; mais à cet âge c est différent la fréquentation des pairs est souvent nécessaire ne serait-ce que pour s entraider dans l élaboration des devoirs ou pour " s'amuser" (comment on peut encore "s amuser" aujourd'hui alors que tout devient sinistre?).

Mais le top d hier, le voici: alors que je suis sur un banc avec un livre sur le Bouddha médecine (je compte en parler prochainement) une vieille dame avec un petit enfant s assoit à l extrémité extrême du banc -suis-je contagieux?- en me tournant le dos). Je pars immédiatement: autant rester seul et chez soi!

Une fois de plus je suis nié dans mon humanité et la réalité de mon être. Cela, cette ignorance du congénère est nouveau dans cette ville surpeuplée; autre exemple: l an dernier au cours sur le cinéma: une jeune femme s assoit sur la chaise près de moi (deux chaises pour une petit table): pas un salut, pas un mot pour le bipède d à côté, pas un expression qui ferait croire à une esquisse de embryon de lien, non; devinez ce qu a fait cette jeune fille pendant une heure trente,une heure trente: eh bien elle était dans un état d hypnose à consulter frénétiquement ...le portable. 

Mais bon Dieu où vivons-nous, que vivons-nous,avec qui vivons-nous, que sommes nous devenus?

Comment est-ce ailleurs? je pose cette question parce que hélas je voyage très peu.

Je titrais sur "le petit moi" car je suis bien conscient que:

1) on a changé (de l'avis général depuis 5 à 10 ans doc la crise économique n a aps le rôle pressenti) de paradigme: la déferlante technico-commerciale, avec en sus (attentats, islamisme...) la peur et la négation de l autre ont bouleversé notre quotidien, l rendant plus dure, plus âpre, plus anxiogène, plus déstabilisant et sourdement inquiétant...

2) la bouddhisme justement le dit sur tous les tons et à raison: ma souffrance et la vôtre s origine dans ce moi solide qui se croit le centre du monde...et qui fait que je souffre tant et que j essaye de me soigner mais le Mal est bien plus grand que les remèdes.

Je parlais tout récemment de Matthieu Ricard que je respecte et admire (au fait il a un site très élégant et très riche); mais lui est un homme très occupé et légitimement valorisé par ses fonctions et nombreuses activités.

Je pense aussi aux artistes et intellectuels qui ont l air assez bien dans leur peau sur les plateaux de télé; mais voilà eux vinet aussi dans leur "bulle". Imaginez un Picasso de cette triste époque; il y aurait certes autour de lui moins de monde, moins de femmes surtout, mais une oeuvre, çà occupe, çà distrait, çà exalte. Au fond, à chacun sa bulle; la différence c est que certains habitent une bulle "vide" et d autres une bulle "pleine" (comme je fais à l instant et un bref moment où je rédige ce blog; je suis tout à lui) 

J e suis très inquiet sur l évolution de notre espèce tout particulièrement.

Je rappelle les propos "prophétiques" de Gérard Collomb avant sa démission que je comprends tout-à-fait, l'ex maire de ce qui fut la bonne ville de Lyon, à présent "occupée" en week end par les bandes des banlieues venues en "conquérants de quartiers désertés par la bourgeoisie lyonnaise partie au vert...

Il tirait la sonnette d alarme; les banlieues sont devenues des marchés de drogues en tous genres et le terrain de jeu des bandes, des bandes (oui ici à cinq minutes de la capitale de la France, 6me pays du monde); pour Collomb que je n apprécie pas plus que çà, la France devient de plus en plus le pays du face à face et plus celui du côte à côte. Magnifique formule de cet agrégé des Lettres qui j ose l espérer restera dans l Histoire.

M. Collomb permettez: à la lumière de ce que je vis, citoyen standard mais sensible, je crois, comme vous sans doute, que la guerre civile pointe.

La question est juste: quand?

Au moment où je témoigne de cette formidable dégénérescence de l humain, le Chef impressionnant  d aveuglement et d'immaturité, se balade du côté d Erevan; gageons que dans cette capitale du Caucase les relations humaines restent ce qu elles devraient être "normalement": des relations de vie et non de mort...

Et je rappelle qu Aristote, quand il définissait l Homme comme être social avait en vue l essence même de l être humain qui ne pouvait réaliser sa potentialité d humain que dans le cadre social et relationnel qui est justement le sien.

Au joud'hui Aristote est bien mort et l Homme, à l'aune de sa célèbre définition ne réalise plus son "humanité" que dans la virtualité (justement: la puissance "aristotélicienne", la déréalisation, la néantisation de l Autre.

Chez les nazis les Juifs, Tziganes et autre sous-hommes étaient au moins des objets à compter avnt de les détruire; aujourd hui on a progressé: l Autre n est même plus à détruire puisqu il n existe pas.