J'ai presque terminé la lecture de l'ouvrage (d'un des ouvrages) du diplômé d'Oxford. Mon sentiment est plus nuancé depuis le début de la lecture, plus mitigé.Je rappelle que cet historien israélien à succès livre avec cet épais ouvrage un 3me opus au succès planétaire, a publié Homo Sapiens suivi d Homo Deus; j'étais enthousiasmé dès les premières lignes; comme beaucoup de lecteurs, j'apprécie les livres qui essaient de farire le point sur une époque grosse de défis; tout particulièrement les livres "transversaux" qui offrent une perspective synthétique sur notre présent douloureux et notre avenir inquiétant.

Premier temps: l enthousiasme avec cette originalité courageuse, ce point de vue panoramique, cette liberté de jugement. L'auteur, de nationalité israélienne, ne craint pas de critiquer violemment son pays, a le courage au pays de Netanyahou et des rabbins talmudistes orthodoxes vivant dans une autre époque, de s'avouer athée et homosexuel, qui plus est marié...

Autant de symboles forts; quant au contenu, il pointe ce que notre époque a de singulier; d'emblée il nous fait voir des choses que l on préfère ne pas voir et nommer ce que l on ne nomme pas (je le comparerai volontiers à un prédécesseur, Alvin Toffler déjà plus ancien qui m avait profondément marqué). Tout grande oeuvre dérange, secoue, réveille, désobstrue le regard fatigué. C est le cas ici. Harari nous montre que l IA et les biotech bouleversent de fond en comble notre monde; ainsi des millions d emplois, même qualifiés seront cette fois perdus et non remplacés; ainsi des médecins, des chauffeurs, des artistes même devront "raccrocher".
Tout çà à cause des algorithmes (j ignore si cette thèse a été déjà défendue mais ici elle est bien défendue).

A présent j en arrive à d autres aspects de la thèse inquiétante d Harari (cependant, il propose de rémunérer sur prélèvements chez les plus riches un revenu universel, idée déjà proposée ailleurs; oui mais peut-on vivre sans travail?).

D'abord je trouve son point de vue trop unilatéral, à savoir hyperrationaliste; l Homme n est pas qu un être de raison, trop "réaliste" au sens étroit (que fait-il de tout une classe de phénomènes enregistrés par les traditions et attestés par des personnages dignes de foi? Je pense en gros au point de vue jungien pour faire bref); ensuite il fait un sort trop appuyé à ce qu il appelle les récits, qu il soient religieux ou non qui ont disparu aujourd'hui: communisme, capitalisme de papa, récits religieux, etc.
L Homme aurait besoin de récits pour donner sens à sa vie; je sais que l on répète cela à longueur de temps; plongeant en moi, franchement je ne pense pas avoir besoin de récits (quand j étais enfant oui, pour m endormir, pas maintenant; maintenant j'ai besoin tout bêtement d amour).
Enfin à force de vouloir relativiser le point de vue humain inscrit dans la "courte" histoire en le replaçant dans l' Histoire du Cosmos, on se demande s il n obscurcit pas les choses au lieu de nous les éclairer. Tout cela est grandiose, majestueux, "gigascopique", mais moi je ne suis qu un simple mortel vieillissant et d autres soucis m accaparent; je ne suis pas un cosmologiste examinant des milliers d équations...

La charge contre les religions est sanglante; encore heureux qu il reconnaisse que les religions ont du bon; au fond ne prêchent-elles pas toutes amour compassion don de soi; ne nous présentent-elles pas de magnifiques "spécimens" d humanité? Sans compter le source d inspiration qu elles ont été pour les plus grands créateurs,de Michel Ange à JS Bach. Personnellement, je serais moins radical qu Harari; à vouloir trop bien faire...
Si je puis me permettre: "tout çà", depuis Luca jusqu à Sapiens sapiens, depuis le temps de Planck jusqu à nous, pourquoi? Leibniz reste audible avec son fameux "pourquoi quelque chose plutôt que rien?"
Pas de réponse mais une très grave et décisive question que la religion vient éclairer et obstruer à la fois. Pour moi c est quand même un sérieux sujet qu on ne saurait évacuer à la légère même si on est diplômé d Oxford...

Là où il parle bien et je le suis sans problème: il croit à juste titre que le nationalisme  n'a plus de raison d être dans une société forcément mondialisée, vu l ampleur inouïe des problèmes; il remet les choses à leur place, petite et éphémère (en gros ce dont nous abreuvent le médias); il adopte un point de vue cosmopolite et ouvert, généreux et social.

Le point que j apprécie particulièrement: le décalage entre ce mouvement incessant, ce mouvement brownien qui entraîne tout; pour Harari, l humain tel qu il est construit et s est construit ne peut suivre et donc souffre et ce, dès l âge de 50 ans; la plasticité du cerveau a ses limites. Une course contre la montre est engagée; pour lui ce sont les biotechs et les infotechs qui l emporteront sur l Homme. (qui l ont déjà emporté: Kasparov contre le super-ordinateur puis la victoire de la machine au jeu de go.

Bref Harari perçoit avec lucidité l immense brêche , la formidable disruption qui nous fait si peur et à juste raison.

Dernière chose; je ne suis pas sûr que la "prophétie" d Harari certes très documentée sera réalisée ne serait-ce que par la ou les réactions qui ne manqueront pas à la lecture de ce livre. Ses livres existent et leyr existence change " le monde".

Je me pose la question: un nouvel humanisme est-il encore possible avec l inquiétant univers connecté à venir où notre cerveau est mis en concurrence perdante avec les puissants serveurs de demain?

Le questionnement passionné de ce jeune auteur est en soi une prise de conscience et une aide à la prise de conscience.

Ce n est pas tant la machine qui fait trembler mais ce que nous allons faire de la machine.

Au fait ai-je dit que cet auteur inspiré pratiqiue la méditation Vipassana sous la direction d un Maître? Il est vegan enfin...