Choses vues entendues sues

22 octobre 2018

Cerveau, rituel, désordre et ordre du monde...

J'ai appris récemment que Turing, le génial inventeur de l'informatique qui bouleverse nos vies, pensait qu'une petite partie, toujours la même de notre cerveau dont on commence à peine l étude, fonctionnait; cette phrase m a fait réfléchir et penser par association d idées à le fonction des rituels dans nos vies (rapport avec cette pensée d Alan Turing?)

Au fond nous fonctionnons tous plus ou moins avec des rituels, ce dès l aube des civilisations; je pense à l Egypte ancienne notamment; toutes les religions et croyances reposent sur des rituels jusqu aux sociétés autrefois appelées secrètes (le sont-elles encore alors que tout est montré peut tout voir sur You Tube et autres; entre nous soit dit, ce qui est montré c est le visible or le plus important est ce qui se passe dans les têtes et les coeurs et l invisible justement).

Dès notre tendre enfance, nous établissons des rituels: rituels d endormissement, de repas, règles de jeux, paris "stupides" ( l ado qui se fait fort de suivre la bordure du trottoir); de même toute organisation sociale se fonde sur des rituels; par exemple à l Education Nationale nous avions les conseils de classe trimestriels strictement organisés dans le temps et l espace...

Dans  les cas dits "pathologiques" les rituels deviennent envahissants et on a les TOCS si pénibles pour les malheureux sujets et leur entourage ( j avais un ami par ailleurs distingué helléniste et latiniste qui se sentait contraint de redire la même phrase dix fois de suite). Quant à moi j ai mes rituels d endormissement, héla plus qu avant parce que je suis plus angoissé.

Mais interrogeons-nous: pourquoi (pour qui) les rituels?

Le mot parle: "rta" est une racine très ancienne indo-européenne qui signifie "ordre"; on y est. L Humain est jeté dans le monde (Heidegger) ; il se sent et se sait perdu parce qu il ne maîtrise rien dans le fond;les choses arrivent (d où arrivent-elles au juste?) et il ne peut qu y consentir...Voilà la difficulté à laquelle nous devons tous plus ou moins faire face: la grande incertitude de la vie; ce qui signe notre identité de vivants conscients et finis...

Les rituels, avec leur scénographie précise, leur déroulé précis, leur occupation précise de l espace rassurent par leur prévisibilité souvent très rigide. Enfin plus de (mauvaise) surprise; je sais ce que je dois faire pour être bien dans ma peau (ou avec les dieux ou Dieu). Je suis partie prenante dans l Ordre du Monde; quelque part je fais partie de la machinerie universelle qui obéit à des lois, c est-à-dire à des "notices d utilisation" qui ne changent pas. David Hume en bon utilitariste pensait que les séquences immuables dont est truffé notre quotidien par exemple je mets la bouilloire sur le feu, j'attends deux-trois minutes et l eau bout était simplement une séquence chro,ologique de la nature, non un effet de la loi de causalité. Il imaginait qu une fois sur des milliards l eau ne se mettrait plus à bouillir.
Position extrême mais à envisager après tout; est-ce que les lois de la Physique sont immubales à l échelle d éons de Temps?

Notre époque parmi d autres caractéristiques a pour spécificité  la déconstruction des rituels ou leur dévitalisation ou le sentiment de leur "absurdité".
Le culte hystérique du neuf se substitue au retour inchangé des choses. Le nouveau toujours nouveau participe d un rapport au Temps décomplexé, impertinent, désaxé; le Temps semble être devenu un ennemi; nous l engloutissons, le tuons en le devançant, le retardant, le transformant en milieu élastique, comme si l ordre et la contrainte devenaient insupportables; peut-être pour compenser les innombrables contraintes souvent insidieuses que nous subissons. Au fond il y a là quelque chose de l ordre du "faisons de nécessité vertu"; Un exmple il y ad eplsu en plus de jobs précaires; du coup les jeunes s y prennent au jeu et demandent des boulots temporaires; ils pensent redevenir le smaîtres du Jeu.

Nous nous plaisons à le faire plier, ce temps comme un certain Macron qui s en déclare (sérieuesement) le Maître (défense de rire). A mon avis, cette forme de non-respect de la Règle (le Temps est une forme a priori de la sensibilité selon Kant) va avec l ethos consommatoire et destructif qui signe cette époque tragique.
Tout est à cosnommer (pas seulment "les consommables") y compris les humains réduits à des choses (à Auschwitz laboratoire d'avant-garde, à l échelle de peuples entiers, on réduisait avec la "neutralité" qui convient là l industrie les humains à des matières exploitables, à consommer donc) y compris les régimes politqiues y compris celui qui reste le Maître, savoir le Temps. On ne peut pas le retourner, le remonter, le parcourir selon une séquence différente pourtant; il tient sa revanche ce temps que l on hait (cf l exemple de la bouilloire).

L Homme post moderne est malheureux, profondément; il est coupé des grands rythmes naturels, ceux de son corps et de son esprit. Sommeil complètement désarticulé et artficiel comme tout.

Il croit prendre sa revanche sur ce temps dont il fait un ennemi intime.

Il veut caser le maximum d actions dans le minimum de temps (rationalisation des process); j y vois un effet de la dictature de la machine, une mimêsis sournoise.

En musique, que j'ai étudiée et prartiquée à une très modeste place, de fait le temps est la matière même sur laquelle le compositeur puis l interprète travaillent, mais à la différence du temps dicté par la technologie, ce temps est à la mesure de l homme; il est à la fois le cadre fixe de son art, ce qui s'impose à lui donc et le matériau avec lequel il joue selon les ressources de sa personne.

Magnifique exemple de synthèse heureuse entre le respect de la Loi et celui de la Liberté,de l Ordre du monde et du désir avec comme enjeu la production de la Beauté...

Rares visteurs je vous recommande les magnifiques interprétations de Claude Debussy "la mer" par Pierre Boulez, métronomique mais inspiré ou Ansermet plus romantique mais respectueux de ce compositeur de génie.

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21 octobre 2018

L'affaire Mélanchon comme symptôme de décomposition avancée

Les petits écrans et les médias ont bruissé plusieurs jours de "l'affaire" ( ce qui est "bien" en France en ce moment , c'est qu on ne s ennnuie pas, une affaire succédant à une autre à un rythme d enfer) Mélanchon.

En peu de mots, si possible; l autorité judiciaire a ordonné des perquisitions dans les locaux de ce petit parti de l'opposition réduite à l état de moignon, dit "la France insoumise"; mais le contexte dans lequel ont eu lieu les interventions de la police avec un fort déploiement des forces de "l'ordre" est très inquiétant.

Les mesures impopulaires succèdent aux mesures impopulaires; après les attaques répétées contre 12 millions de retraités, le ciblage des automobilistes sous prétexte de sécurité routière, les démissions des personnalités charismatiques, l'austérité économique comme credo, les cadeaux faits aux grosses entreprises, et le matraquage continu des classes dites encore "moyennes"; dans ces conditions lourdes avec des effets positifs pour l instant presque nuls (en fait, on vous reprend en douce ce qu on vous offre, selon une technique éculée), le parti dynamique de Mélanchon est devenu la cible principale.

La poilice est intervenue pour vérifier les comptes de M.Mélanchon dans plusieurs locaux en même temps et en faisant main basse sur ordinateurs, documents et autres objets pouvant servir de preuves à charge; un peu comme si on poursuivait des terroristes. 

Je suis frappé par le contexte dans lequel les faits se sont déroulés. Difficultés de ce régime et absence de résultats malgré la politique constamment orientée dans un seul sens; celui dicté par le néo-libéralisme avec comme justification: ce sont les entreprises qui créraient des emplois; la réalité est tout autre; les cadeaux aux entreprises ne créent pas d emplois mais servent à alimenter leur trésorerie et à choyer la financiarisation en cours dans le monde.

Derrière les beaux discours une réalité cynique. Je poursuis sur les faits: M.Mélanchon fait partie de ce petit groupe de parlementaires au verbe haut qui s oppose frontalement à ce régime de perdition; il a, il est vrai perdu patience, s est emporté devant ce qu il considère comme attaque digne de régimes (très) musclés où les limites entre les pouvoirs judiciaires et exécutif deviennent floues.
Compte de campagne pour compte de campagne, qu en est-il des sommes exorbitantes des "aides" du grand patronat pour l élection du super-patron actuel sans compter d autres affaires qui jettent une lumière louche sur certaines pratiques, elles "étouffées"?

Je précise que je ne suis pas mélanchoniste et le passé trotskyste de cet homme par ailleurs cultivé, orateur fougueux, défenseur des classes en détresse de plus en plus fournies et entouré d une équipe de qualité; je pense notamment au brillant et jeune député du nord Adrien Quintenne qui met les journalistes les plus chevronnés dans sa poche.

Mais élevons un peu le débat.

Au delà d un homme qui peu à peu met au pas la société, il y a une feuille de route, la vraie pas celle des discours "progressistes", celle dictée par les diktats du capitalisme transnational.

L excellent ouvrage signé par un groupe de spécialistes de plusieurs pays montre l épuisement du modèle démocratique, la crise de la souveraineté des Etats aux bottes de la finance mondialisée et simultanément le recours à la diversion populiste, habile à détourner la colère des peuples contre les boucs émissaires de toujours: migrants, homos, femmes, juifs, arabes, franc-maçons...

La vieille recette fonctionne toujours. On nous endort sur l esssentiel, savoir notre appauvrissement progressif et notre asservissement  à la finance sans frontières. Tout en justifiant une politique de plus en plus répressive et régressive, au nom d un mieux toujours à venir et tout en tenant un discours anxiogène ( médias dans leur grande majorité et experts autoproclamés) propre à téléguider une demande toujours plus grande de "sécurité".

Mais telle Soeur Anne, je ne vois rien venir et la France poursuit son long chemin de croix.

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20 octobre 2018

Atmosphère...atmosphère

J'ai eu hier soir l'occasion de prendre la température cette fois dans un tout autre contexte; il s'agissait d un gala de bienfaisance organisé par l'obédience à laquelle j appartiens au profit des enfants africains. Salons Hoche à quelques mètres de la place de l Étoile; j ai bien entendu manqué l avenue Hoche par distraction et du parcourir à pied l ensemble de la circonférence centrée par l Arc de Triomphe. Je dois dire que je fus à deux ou trois reprises à la limte de la crise de panique (un des signes de ma pathologie; on en reparlera)

Je connaissais déjà les lieux on s en doute chics; j étais parmi les premiers et çà me ressemble, moi le grand anxieux. Sinon belle salle moderne et buffet, très moyen il faut le dire; je retrouve des "connaissances" oui mais je fus très déçu d'appprendre que si j étais sur les listes on ne m avait pas affecté de place à une table avec les quelques membres de ma Loge présents (autre déception); j avoue que çà m'a déplu; j ai préféré partir sans profiter du reps ni du "spectacle". Après tout ja vais fait l essentiel, savoir payer mon écot.

Atmosphère donc: différente de l Ecole de méditation (voir blog précédent) plus "conviviale mais ainsi que je l ai dit un peu "pesante"; ici une certaine froideur masquée par les sourires contraints régnait; cependant je crois que le côte guindé, nécessairement guindé de ces raouts m insupporte a priori; on sourit, on s embrasse, on se congratule, bref on "macronise"; trop peu pour moi.

Plus le temps passe plus j apprécie la sincérité, la chaleur, l authenticité; dans ce genre de soirée, c est le culte de l'apparence qui joue, les chichis, les salamalecs, les conventions, les comportements de commande; Trop peu pour moi encore une fois; sans compter ma timidité de fond ...qui ne fond pas aux sunlights.

Que conclure? J ai bien fait d y aller, ne serait-ce que pour vivre une expérience, rare chez moi. Toute expérience vaut comme leçon de choses sur l humain dans son étrangeté irréductible.

En conclusion j ai ressenti un malaise mais d'un autre ordre que celui de l ecole de méditation cette fois associé aux mondanités en général; Marcel Proust aurait fait ses choux gras de ce genre de manifestation; je ne suis pas Proust, avec son oeil acéré et l époque est différente banal  que de le dire.

Je détaillerai plus tard ce théme importabnt pour moi (pour vous?): où est-ce donc que je me sens vraiment bien, moi-même (je suis moi-même) avec les autres qui me laissent être moi-même...

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19 octobre 2018

La grande régression

Un peu pour me changer les idées, un peu pour sortir, un peu pour oublier mes frustrations (cette époque, je l ai souvent dit, multiplie avec les désirs les frustrations) je me suis rendu au royaume de l'esprit, ma librairie de quartier "le divan".

L heure était relativement tardive mais il s y trouvait quelques acheteurs, un peu comme au bon vieux temps quand la haine et la peur ne régnaient pas dans ce pays.

Et comme à l'ordinaire mon esprit a basculé du souci à la légère ivresse bienheureuse que pourrait provoquer un verre de bon vin. Avec une sorte d "heureuse fébrilité j'ai parcouru les allées de cette caverne d Ali Baba mais on ne peut tout acheter sauf dans l imaginaire aussi me suis-je cantonné à trois petits livres "l âge de la régression" sous la direction de Heinrich Geiselberger avec une phalange de penseurs de tous pays. J en ai commencé la stimulante lecture et un des auteurs marquait fortement la poussée de l extrême droite; pour lui la défection à l encontre de la démocratie (ce mot sonne grec comme le nom Europe et la Grèce  est avec Jérusalem la source de notre civilisation) s explique par la domination du monde ici et ailleurs par le big business qui ne connaît pas de frontières et dicte sa Loi. Les gouvernements locaux deviennent alors de pâles exécutants de directives venues d ailleurs...Comment dans ces conditions radicalement nouvelles faire confiance à ces gouvernements locaux qui ne maîtrisent ...rien!

Je parlais de Grèce; en ce moment je revois en imagination mon voyage en Grèce étant jeune homme, ces marins tout de blanc vêtus dansant le sirtaki, cette musique très orientale à mes oreilles, cette virée dans l île d Alonissos avec ces paysans pêcheurs nous offrant un repas simple et sain (poissons frais pêchés, légumes et fruits du jardin arrosés d un frais résiné). Une danse endiablée avec nos hôtes venait clôturer le "festin", le tout dans la chaleur, spontanée encore à l'époque. Justement je me suis acheté Partir pour la Grèce de l hisrorien François Hartog; il nous explique que la Grèce reste la référence suprême pour une Europe qui se perd.

Enfin pour la bonne bouche j ai choisi "au delà de l impossible" de Didier Van Cauwelaert qui évoque tous ces phénomènes étranges que le science officielle réfute jusqu au moment où une validation incontestable vient en apporter la démonstration.

En creux à travers ces choix se lit mon sentiment d être à la dérive vers je ne sais pas quoi; comme ces intellectuels de renom qui essayent de penser la tragédie de ce monde amoral; et sans le savoir clairement j'ai pensé qu un grand historien était à même de nous préciser ce que nous devons à la Grèce, cette source qui peut encore nous apprendre à être humain; enfin Didier Van Cauwelaert personnifie ma part de rêve. 

Tôt brutalisé par la vie, je me suis réfugié dans le rêve et ce rêve pour moi c était "l Amérique" et après le mystère de la vie et de la mort et le "paranormal"...

Je pense toujours que la raison n est pas le tout de l expérience humaine et que l ordinaire des jours n est que la part la plus évidente de nos vies; depuis Poe on sait que l évidence, ce qui contredit l étymologie, elle ne se voit pas parce qu on ne veut pas la voir ou elle nous crève les yeux trop habitués aux conventions et aux convenances...rassurantes.
Comme dit uen auteur grec: si tu ne t attends pas à l inattendu jamais il ne viendra.

 

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18 octobre 2018

L'embarras du choix

Souvent  ici se pose la question du choix du contenu du jour; aujourd'hui la question se pose mais en termes du "trop de choix", étant entendu que je fais en sorte de rédiger ce blog sans prétentions, mais utile pour avoir un peu la tête hors de l eau. 

Qu'on en juge: j ai 1h30 de retard suite à des soucis informatiques récurrents chez moi (je ne comprends toujours pas pourquoi un ordinateur Samsung relativement récent dont on a changé le disque dur "demande" tous les trois jours une "mise à jour" qui n aboutit pas d où la récurrence de ces dysfonctionnements; on admirera la "logique": l appareil plante et affiche: mise à jour avec défilement du pourcentage de la mise à jour puis affichage de l impossibilité de la MAJ puis délai plus ou moins long pour le redémarrage; passons, cett logique de la technologie n est décidément pas la mienne). Voilà un premier sujet. Comme si on n avait pas assez de problèmes plus amples à traiter...

Second sujet: l adolescence "en détresse" que vient illustrer l information selon laquelle un jeune russe a "liquidé", comme çà,18 personnes en Crimée...

Je noté l impresionnante série de ces actes meurtriers commis par ces jeunes et un peu partout, mondialisation oblige. On progresse, on progresse: les ados de nos jours en savent plus que moi sur le sexe à la limite...fabuleux hein? quant à cette violence aveugle, gratuite, bestiale (curieux que pour moi aucun de ces qualificatifs ne va tant ce phénomène est radicalement disruptif), je me demande vraiment ce qui se passe dans la tête de ces meurtriers; je crois malheureusement qu il ne se passe...rien; et là je ne peux m empêcher de faire lien avec ce qui précède, savoir la dictature de la technologie. Pourquoi? Quand votre "temps de cerveau" est occupé non à l échange interpersonnel qui signe notre humanité, mais à la consultation frénétique du smartphone, de l ordinateur, des pages Facebook (merci à ce "génie" qui a conçu cette horreur absolue, une vraie gloire de  l humanité: Fleming va te rhabiller!), bref quand tout se ligue dans ce monde de l enfer pour faire de vous un prolongement de la technologie divinisée ou un récepteur-zombie des médias, comment rester humain?
Vous devenez un automate sans les petites diodes, comme ces machines qui induisent un état d hypnose et vident le cerveau; tout se passe comme si ne restaient allumées que des zones cérébrales dédiées au monde virtuel c est-à-dire à un monde faux, fou, illusoire, onirique, spectral.
Les autres humains pour le coup deviennent à vos yeux ce que vous êtes, des figurines échappées des tout-puissants jeux vidéo.

Je suis convaincu que Kubrick avec "Orange mécanique" dont on a été choqué par l hyperviolence elle aussi machinique des personnages avait raison, de même que Gus Van Sant avec son hallucinant "Elephant" inspiré de la tuerie du Lycée Columbine aux USA. Ce film a largement mérité sa palme d or à Cannes en 2003.

Ici, la "violence" adolescente progresse à vive allure; on a récemment tendu un piège à un ado un peu naïf qui s est rendu seul à un rendez-vous pour une histoire de règlement de compte "à l'ancienne". Malheur à lui: une bande était au rendez-vous; le jeune homme est mort...à coups de barre de fer. Autre fait d une extrême gravité: un militant de la cause gay a été sauvagement agressé dans le quartier du Marais pourtant lieu de résidence et de loisirs de nombreux gay parisiens assez branchés et aisés.

Ce qui m inquiète outre la montée irrésistible de ces faits sans précédent dans ce pays et je pèse mes mots, c est encore une fois l'"inconscience"de leur mise ne oeuvre; imaginez, lecteur, que me voyant dans la rue vous tiriez sur moi puis tranquillement décidez, l arme soigneusement rangée de déguster une glace? Police, justice, enquête actées mises en branle, vous n en restez pa moins placide comme si le fait de mettre fin aux jours d un être humain était comment dire banal ou pire vidé de sens, comme par exmple se rendre au supermarché voisin.

Je ne sais plus quoi penser, tout ce que j ai appris sur l humain ne fait plus sens maintenant; les mots ne signifienr plus, les concepts sont à jeter à la poubelle.
Ou plutôt si pour me rassurer, me racrocher à l'ancien monde définitivement mortje me dis: peut-être s agit-il dans quelques cas de l'effet  de nouvelles drogues puissantes (de fait on arrête pas le progrès ici encore, de puissantes firmes pharmaceutiques mettent sur le marché des produits hyper-efficaes alors détournés par les toxicos; je n y crois qu à moitié.
Une fois de plus (on va dire que je suis obsédé) une seule référence me semble rendre compte et partiellement encore, de ces actes déshumanisés (mais ce mot lui même me paraît  démonétisé tant les temps ont muté): le cas Eichmann; rappelez-vous le procès de Jérusalem: un homme, gris, terne, bourré de tcs, ordinaire, banal justement, un petit fonctionnaire parmi tant d autres. Pas un monstre, non, cet homme hypernormal qui d une signature en bas de page décidait du sort, c est-à-dire de la mort de centaines de milliers de ses semblables. Non un homme assez paisible et heureux de renseigner ses fiches et du bon travail accompli. Arendt a raison de parler de "la banailté du Mal"; il n y a rien à dire de plus.

Je terminerai par une troisème chose; je me suis rendu hier soir à une séance de méditation collective de l école occidnetale de méditation (je ne l avais pas fait depuis longtemps); certes deux trois personnes m ont reconnu et çà m a fait chaud au coeur (on en est là!) mais j ai ressenti un curieux et vif malaise, j ignore quoi, pourquoi?
Comme une atmosphère inédite, "lourde", sans motif précis à quoi s accrocher; il y avait bien à ma gauche un jeune homme visiblement nouveau qui consultait fébrilement son appendice (pardon son portable) mais non  il y avait autre chose mais quoi? 

Les phénoménologues du 20me siècle cassent la séparation entre le sujet et l objet, l intériorité subjective et le monde. Je veux dire par là grossièrement qu une sorte de résonance se produit, un lien "atmosphérique". Exemple: comparez vos ressentis dans une salle d attente chez le dentiste, dans un hall de gare, dans votre salon

Les artistes sentent les choses (cf les cinéastes dont j ai parlé plus haut) plus que les autres; je ne suis pas un artiste mais pour autant je sens moins vivement qu eux ce monde comme déshabité en l occurrence; je dis "comme" parce que je n ai plus de mots...

Au fait, sur le chemin de retour j avise un "retsaurant thaï": presque tout était automatisé: restaient deux "élements" (allez soyons de notre temps!) humains, celui qui "délivre" le plat commandé et celui qui prépare ledit plat. Sinon tout passe par la machine: pour choisir ( le vital écran), pour visualiser, pour payer. Je précise que le serveur a mis un temps fou pour saisir je en sais qulles données (comme quoi même sous l angle du gain de temps ce n est pas évident).

"Merci; au revoir Monsieur"; avec moi un autre client, occupé à... tapoter sur son petit écran personnel.

Voyez-vous le rapport entre l'escalade de l ultra-violence actuelle, le nazisme, ma sensation de malaise d hier, indicible, au delà des mots, au delà des concepts ou en deçà?

Moi oui!

 

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17 octobre 2018

Le drame des enfants réfugiés

Une cinéaste libanaise était interviewée ce matin à propos de son dernier film sur les enfants réfugiés syriens dans son pays (deux millions de réfugiés soit la moitié de la population du pays sauf erreur). Elle contestait certains critiques occidentaux dénonçant le côté larmoyant, misérabiliste, trop émotionnel de son oeuvre; mais cette femme, il faut l'avouer s est bien défendue en mettant en avant cette manière bien méditerranéenne d exprimer en plein jour son émotion, de ne pas la cacher, de la laisser s épancher. Je suis bien placé pour le savoir; de la Grèce à l Italie, de la Tunisie à l Espagne, de l Egypte au Maroc, les peuples riverains de cette chère Méditerranée, devenue cloaque et cimetière, sont ainsi, pour le meilleur et pour le pire. Bien, Mal, je n en sais rien; j ai été sensible aux propos de cette femme; et c' est une femme qui pouvait faire montre de cette particulière sensibilité au sort des enfants...
Dans son pays, le Li
ban en plein chaos, les enfants réfugiés sont souvent abandonnés, maltraités, abusés; sans papiers, ils ne sont pas reconnus; autant dire qu' ils n existent pas. Certains jeunes interviewés disaient si tôt leur désir d en finir.

Un pays, la Norvège a recueilli le jeune acteur à qui on a volé son enfance; dans son nouveau pays d'accueil, il revit et il redevient un enfant, curieux du monde, joueur et désireux de renouer avec la vie.

Face à ce drame des enfants, comment ne pas penser à Dostoïevski pour qui le comble du malheur sur cette Terre, c'était la mort  d un enfant; à ce propos je salue l intiative du Président Sarkozy qui fait beaucoup pour les enfants victimes de maladies mortelles.

Il y a beaucoup de malheurs de par le monde mais la tragédie des enfants est sans égale.

Au fond peu nous importe le côté mélo du film de cette cinéaste libanaise; elle a montré avec les ressources de son art ce que pouvait être la vie de ces enfants jetés et a su toucher certains.

N est-ce pas le plus important?

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16 octobre 2018

Solitude et sociabilité en 2018

Hier jour mémorable pour moi; mon frère cadet (six ans de moins) a enfin compris à force de signaux à lui envoyés que ce pourrait être bien de se voir en dehors de la sinistre maison de retraite de Bagneux.

Jour d'autant plus mémorable que cette rencontre a eu lieu sur son intiative...

Restaurant panasiatique de bon rapport qualité-prix, propreté de la maison et richesse de la carte.

Échange d informations sur la vie comme elle va (pas bien je le dis ici sur tous les tons) puis cela devait "sortir"; je m efforce de faire comprendre à mon frère mon sentiment angoissant d isolement et lui demande de préciser sa propre situation familiale (il a encore une épouse que je n'ai pas vue depuis plus de 4 ans, de même que ma nièce elle non plus "invisible depuis la même date); il m apprend qu il vit seul mais voit " ses deux femmes" de temps à autre. Vague.

Et moi de lui donner des clés de ma problématique et les motifs de mon sentiment d isolement creusé par notre difficile "modernité".

Il comprend tout-à-fait et à son tour me dit qu il vit seul mais supporte très bien (trop bien?) sa propre solitude. Il me dit: "on s'adapte" et moi de répondre; faudrait-il s'adapter à tout, même si on vit dans le Goulag?

Il me rappelle que très tôt il a fui la famille et que à une certaine période alors que nous partagions une même grande chambre je poussais des hurlements la nuit. Pas le moindre essai de comprendre, de demander, de s informer. Un constat clinique, chimiquement pur.

Il me précise que cinq de ses amis sont morts (Ah? A peine une petite expression d'"ennui") mais qu il a un petit cercle qu il fréquente de temps à autre et, ma foi, que cela lui suffit...

Bref la solitude c'est bon pour lui, qui se présente comme un "créateur"; il dessine en effet depuis son plus jeune âge et écrit (quoi? on ne le saura pas).

Je lui demande si malgré tout il ne perçoit pas la terrible crise qui affecte la nature même de l homme et les bases de sa sociabilité ici en 2018. "Oui" mais il "fait avec"; autant dire que peu lui importe au fond. Cet homme a bien de la chance quelque part; dans le fond il ressemble à nombre de contemporains émus aux larmes et de manière grégaire un jour et oubliant dès le lendemain cette" émotion partiellement fabriquée par les médias...

Il est bien seul dans les deux sens de "bien"; il a un frère (son seul frère en souffrance). Point. A la ligne!

Je pense m être bien expliqué et avoir raconté la genèse de mes difficultés, dramatisant un peu au passage pour tenter une percée dans le blindage. Peine perdue.

Mais  je suis frappé plus atterré et sidéré par son "indifférence", sa molle placidité; à un moment, il évoque un homme trouvé mort après trois semaines en Suisse, seul, par sa fille. Pas l ombre d une émotion, d une colère, d une révolte...Oh! J allais oublier nous ne sommes plus chez Antigone qui a lutté pour que son frère ait droit à une sépulture comme tout être humain. On le voit l humanité progresse depuis...

Aucune émotion, aucune esquisse de sentiment; j ai bien ressenti que chez lui la sphère intellectuelle l emportait sur la sphère affective. Dans le fond la froideur avec laquelle il a rapporté le terrible sort de cet homme trouvé mort seul est celle là même qu il ressentirait à la découverte de mon cadavre.

Je pense que plus que jamais les gens n entendent pas certaines choses et restent enfermés dans leur bulle technique, médiatique, consumériste, familialiste, uniquement cantrés sur le petit moi, de fait très malade et rabougri puique en quête de prothèses fournies d abondance par les miroirs multiples dont la technologie nous submerge constamment.

C est le cas de ce frère; je lui ai fait remarquer que dans notre enfance nous jouions ensemble avec plaisir et qu il fut pour moi le remède vivant contre le violent trauma de ma petite enfance. Petite brise sur une lac...

On aura compris: toutes les explications du monde ne feront rien (j ai eu beau lui dire que la donne avait fortement changé pour moi qui n ai ni femme ni enfants; plus de mère jouant les trait d union, plus de rencontre avec "ses femmes", outrages du temps, rien; la donne a muté pour moi, pas pour lui!)
Voilà l adaptation qu il y aurait lieu que je fasse moi, de son point de vue "objectivant" (tel un médecin qui montre àa ses étudiants un "beau cas" illustarnt prafitement une pathologie rare.

On aura compris cet homme s adapte aussi bien à la perte de cinq amis qu à l Apocalypse actuelle et qu à la détresse de son unique frère.

Du moment qu il a son petit noyau d amis, son dessin et "son écriture". le reste bah...

Il ne changera pas parce qu il ne peut ou ne doit pas changer...

Et tant pis pour moi. Pour lui je suis décidément comme le Monsieur qui est mort comme une bête en Suisse...

Alors que faire devant une telle "apathie" (abesnce de souffrance littéralement du grec ancien "pathos" avec la racine indo-européenne qui a donné pâtir, compassion etc)? Rien ou si peu; je relève que -tout petit progrès- il a compris un peu avec son initiative du repas en commun)?

Il se trouve que (hasard?), avant, j avais visionné une belle conférence de Fabrice Midal précisément sur la solitude. Il a donné le cas d un homme qu on a retrouvé mort après trois ans; trois ans! Et encore c est "sa banque" (triste signe des temps) qui a découvert sa mort suite à la fin des viremnts automatiques de son compte!

Midal a d'abord rappelé que les grands créateurs ont vécu dans une solitude qui leur est nécessaire (Kafka, Rainer-Mria Rilke, etc); il a fortement valorisé cette "solitude" ; pour ma part je dirais qu on peut distinguer en cette époque maudite deux catégories de bulle: la bulle riche, celle des créateurs qui dans le fond administrent  la preuve de leur indifférence, il est vrai compensée par leur apport à l humanité et la bulle pauvre, celle de toutes ces vieilles personnes notamment (il y a une solitude des jeunes aussi) du monde postmoderne qui n ont plus qu un rapport "fonctionnel" avec le facteur (qui va sans doute disparaître au profit des drones) tous les mois...

Je sais bien que c est ainsi que va le monde; mais trouvez-vous cela "normal", même compte tenu de la difficulté intemporelle de la relation humaine?

Pour ma part il FAUT ( c en est même vital) que je m accoutume comme ce frère indifférent et désaffecté à ce monde fou. Mais le prix en est sévère on l aura compris.

Le Temps passe si vite!

Je résume ma situation existentielle qui s impose à moi; je devrai consentir à une soif de contacts de simple bon sens mais complètement baillonnée par la fermeture universelle; merci Internet, merci réseaux sociaux, merci surdoués schizoÏdes de la Silicon Valley le regard fixé sur la profitabilité de leur boite et la dernière trouvaille de leur cerveau en surchauffe (quand Aristote disait qu l être humain était un animal social sa formule allait beaucoup plus loin que le simple constat banal; il signifiait que l être humain pour être et devnir humain avait besoin du contact pour justement actualiser sa part d humanité; on comprendra alors l extrême gravité de la situation actuelle...)

Je résume plus encore: je n ai pas le choix, c est clair et il me faut me tourner vers ce bouddhisme décidément si actuel qui prescrit de ne compter que sur soi quoi qu il en ait mais au sein d'une communauté (dite "sangha"); encore faudrait-il la trouver cette sangha dans une métropole de béton. 
Midal encore nous a donné sa "solution" à l épineux problème de la coexistence de l individualisme bien compris et de la vie sociale; pour lui "la communauté" permet la résolution de cette quadrature du crecle; la communauté à laquelle il pense est celle qui saura respecter la spécificité, la richesse de chacun, tout en comblant le besoin incontestable de "reliance" avec les autres.

Le formidable défi existentiel qui est le mien en cette ultime ligne droite: consentir à l isolement en se sentant malgré tout relié à...(je l ignore).

Dure gageure: comment à mon âge se transformer en ermite himalayen en si peu de temps (puisque "c est comme çà" comme aurait dit avec placidité ce frère tellement dissemblable)?

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15 octobre 2018

Le besoin d'être au courant

Pas de visiteurs pour mon blog d hier alors que je m attendais à avoir quelques lecteurs; je m interroge toujours ce qui fait que parfois çà marche et parfois non; dommage j y avais mis des choses qui me tenaient à coeur mais je poursuis cette petite entreprise que je crois "salvatrice" pour moi.

Élargissant mon propos, je me demande aujourd'hui ce qui fait que j'ai besoin d'être informé (et en l occurrence d informer, en amateur bien entendu).

Une fois de plus c est dans ma petite enfance au temps des diligences et des lampes à huile; j exagère un peu, mais un peu car en ce temps-là (années 50 en gros, dans un petit pays grand par l Histoire, le coin nord-est de ce qu on appelait l AFN, la Tunisie, "la Régence" comme on disait). Pas de diligences mais les derniers taxis-fiacres (ah! ce petit plaisir de prendre un fiacre, cette bonne odeur de crottin, cette sensation unique d être dedans et dehors, protégé mais en contact avec le monde, le rapport vivant avec le cocher; pas de lampes à huile sauf dans les synagogues pour faire mémoire des défunts mais des lampes à pétrole, longues, fuselées avec leur tube de verre, leur mèche et la douce lumière qu elles émettaient; on les allumait en cas de panne d électricité, rarement il est vrai...

Etant enfant donc, vers 10 ans ou moins j'attendais, aux aurores avec une vive impatience le bruit du journal que l on glisse sous la porte: "la dépêche", journal au siège de prestige au débouché de la rue de Rome et de l avenue Jules Ferry (devenue Habib Bourguiba), journal de notables, des gens qui comptent. J étais le premier à le lire, suivi par mon grand-père, amateur de presse comme mon père. Outre cette "dépêche" nous avions "la Presse de Tunis", publication moins élégante qui complétait "la dépêche"et "Tunis Soir" que mon grand-père achetait tous les jours; journal plus léger et qui se prêtait au pliage en huit (c'était le temps des grands formats) et que l on glissait dans la poche extérieure de la veste.

Je lisais : politique locale et internationale, faits divers minuscules qui faisaient l actualité d un pays sans histoires à l époque jusqu'aux "événements" tragiques précédant l indépendance, bandes dessinées à l américaine, potins de la capitale...

Très tôt j ai eu l âme d un reporter, moi le timide qui avais "peur de mon ombre" (on sait pourquoi): badaud par excellence, le moindre froissement de tôles me faisait sortir de chez mes grand-parents; de plus le hasard a fait que la caserne des pompiers était juste face à nos fenêtres et j admirais les exercices acrobatiques de soldats du feu. 

Plus tard, atteint par une forte crise existentielle au moment décisif de l adolescence mes parents déménagèrent provisoirement pour la proche banlieue de la ville. Chiens galeux, ânes doux et maltraités, champs, bon air et eau saine "du puits", maisons basses, quartier arabe là-bas au loin. Pour tromper une dépression (qui je pense maintenant traduisait mon désarroi face à une mort dans la famille que je ne comprenais pas bien à l âge de quatre ans; j en élaborais le deuil des années après) je me mis à planter des petits pois devant la maison basse que ma famille avait louée et chez mes grand-parents paternels en face; je passais mon temps à rêvasser et à regarder au loin derrière le muret surmonté de morceaux de verre multicolores les champs, le "monde sauvage" d où peut-être pourrait revenir la morte...

Mais - cure de réalité par le biais d un imaginaire moins morbide, plus valorisant et déculpabilisant (je rappelle que je me suis sorti d'une terrible maladie à quatre ans alors que ma tante en est décédée malgré tous les soins à 34 ans; elle m aimait plus que tous et plus que tout au monde).
Je me mis à écrire tous les jours un petit journal où je mettais ce qui me faisait rêver; je me souviens encore de ces petits articles: il était question d érudits sanscritistes notamment.

Bien plus tard j écrivis des poèmes puis des nouvelles et de aphorismes; je me mis au piano encore plus tard (dans la mémoire ou le fantsame cette tante (ma Ligieia à moi) jouait merveilleusement du piano (Chopin sans doute). 

Et aussi j eus un petit job qui m a passionné tout en enseignant; je fus critique musical, créais un petit club voué à l immense pianiste canadien Glenn Gould qui joue Bach comme personne, un génie et un saint; parallélement au piano je pris des cours de chant et fis partie de plusieurs choeurs (ce Requiem de Gabriel Fauré, qu on a appelé la berceuse de la mort, celui de Mozart déchirant, celui de Verdi triomphaliste "et lux perpetua" etc; mais je recommande une mini-oeuvre de Mozart "l Ave Verum", deux à trois minutes divines; mais attention l interprétation doit en être précise, scrupuleuse, impeccable sinon rien). Je devins le "spécialiste" des "Requiems" en qualité de ténor.

J écrivis de la critique littéraire et en sciences humaines aussi...

L Inde qui m a fasciné très tôt ( "The River" de Renoir) puisque elle a "soigné" ma dépression avec mes petits articles, je devais la retrouver en bien des étapes de ma vie; j ai suivi six ans durant l enseigement du Vedanta donné par un swami (moine) hindou; j'ai encore des cahiers de notes et des dizaines de cassettes; bien entendu je fis le voyage de l Inde (et du Népal); actuellement le bouddhisme qui a tant d affinités avec cette immense civilisation de l Inde traditionnelle me soutient dans cette longue série d épreuves qu'est la vie.

Tout cela pour dire que toute vie est une fidélité ou infidélité à l éveil de sa conscience ce qui revient au même.

Je conclurai provisoirement: l humain trouve en lui parfois des ressources pour ne pas mourir de ce cadau empoisonné qu on appelle la vie...

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14 octobre 2018

Voyage dans mon passé

Plus le temps passe et il passe de plus en plus vite subjectivement, plus je trouve cette époque sinistre et sans avenir ("no future") plus j éprouve le besoin de me plonger dans mon passé, passé proche (7 à 10 ans), passé lointain (enfance surtout et, moins, adolescence)...Il m'est aisé de comprendre cette dilection: le monde actuel est si difficile, si oppressant, si froid, si indéchiffrable, que presque comme en un réflexe de survie mon esprit me ramène vers des temps plus "heureux" (ces guillemets pour signifier que je ne sais pas ce qu est le bonheur): calme, lenteur, sociabilité plus claire, voyages émerveillés, regard neuf sur le monde...

Pour moi ces déports vers mon passé ont une vertu quasi-thérapeutique et même si une composante universelle n est pas à nier (les gens d âge aiment à dire qu "avant c' était mieux") de même que le travail de transformation incessant de la mémoire, il n en demeure pas moins que jadis et naguère, si les soucis étaient présents, le fond même de ma vie restait tranquille. Je fais pas mal de rêves en ce moment à tonalité mixte: certains sont plaisants et d'autres, plus nombreux, pénibles; je pense qu ils traduisent ma situation intérieure actuelle.

Cependant essyant de dépasser le nombrilisme inhérent à ce type d exercice je me rérèrerais aux propos de Midal auquel hormis l âge (il est bien plus jeune) bien des points nous sont communs. A l occasion d un séminaire visible sous forme de clip, au détour d une conférence sur la nuance, la tendresse, la délicatesse, illustrée par une magnifique interprétation de " Prélude à l'après-midi d un faune" de Claude Debussy d'après un poème de Stéphane Mallarmé par l immense chef roumain Sergiu Célibidache - un moment de grâce "divine" - Midal évoque son enfance. Il dit avoir infiniment souffert du non-dit pesant dans sa famille. Ses quatre grand-parents juifs polonais ont échappé par miracle à l anéantissement, la Suisse à l époque acceptant de recevoir quelques personnes à condition qu elles soient accompagnées d un enfant de six ans si j ai bien compris; en effet, le discours de MIdal se fait alors compliqué, sans doute effet de l émotion qui l étreint; le bouddhisme semble l'avoir sauvé de la mort physique ou psychique (au passage bon nombre de Juifs et d Israeliens, survivants de la Shoah, contemporains trouvent dans ces doctrines de l Asie une forme de salut).

Mais plus encore  Midal atteste que l Art pour lui est salvateur, l Art sous toutes ses formes; au cours de cetet conférence il dit de nouveau l inquiétude qui l étreint, la mienne aussi, sur la déshumanisation actuelle; mais pour lui de manière plus générale, transhistorique, l humain se sent un exilé dans le monde, un paria (remarquez la force du mot); a fortiori dans ce monde qui est celui non des hommes mais des machines "intelligentes" ou pas, j' ajouterais des "hommes devenus des machines comme par identification à ces dernières; jadis le camionneur donnait un prénom féminin à son camion pour se l approprier; aujourd'hui mouvement inverse: on nous fait l injonction d imiter la machine si possible puisque sous plusieurs aspects elle nous bat...Harari parle plusieurs fois de "l inutilité de l Homme"

Voilà le monde, mais je crois que lorsque Midal parle de notre statut d exilé il fait référence à un mal-être qui est le nôtre "par essence"; cela fait penser aux esprits religieux, aspirant à rejoindre Dieu mais en cette époque d athéisme grandissant en Occident et chez les jeunes, ce mal-être signe le divorce de l Homme avec le monde, aves ses pairs, avec la société; Kafka comme Freud, deux juifs, et ce n est pas un hasard (on leur a vite fait comprendre et sauvagement que nulle part ils n étaient chez eux) ont signifié cette étrangeté d être. Freud dans son "malaise dans la culture" et Kafka dans la formidable "métamorphose". Sans parler d Arendt.

Je parlais de rêve tout à l'heure; pas étonnant que les cauchemars aient hanté mon enfance; encore et toujours, les nazis me poursuivant...sans fin, alors même que dans le Réel ce que j ai vécu dans ma chair était "dérisoire" par rapport aux polonais rayés de la carte (30 à 40 000 survivants sur 2 millions et demi) et tant d autres; à Salonique et en Hongrie ma machine de mort tournait à plein régime avec la collaboration des autorités nationales.

Mais ce que veut dire Midal au delà de la tragédie des Juifs c est quelque chose de plus fondamental et universel que le Bouddha il y a 25 siècles et plus a fortement développé: notre incapacité à vivre; pourquoi? l espèce humaine est divisée "en interne"...Parmi les millions d espèces connues, l Homme seul se sent mal dans sa peau; il est un être fondamentalement hybride;  une bête féroce sommeille en lui mais il a des aspirations sublimes aussi; il est de nature et de culture; il est écartelé entre ses pulsions et sa "morale", entre le bilogique et le psychologique, entre le psychologique et le moral, entre le morale et le spitituel; il vit dans dans des carcans (langue, concepts limitatifs, injonctions sociales, lois du pays, conventions, savoir-vivre, injonctions privées), il est en prison...Je redis Bunuel: "nous sommes tous des prisonniers, la taille de notre cellule change seule"

On voit que le bonheur est un aimable conte de fées bon pour le marketing mensonger ou la communication politique, merveille de langue de bois.

Et ce que à quoi nous invitent le Bouddha et les Sages stoïciens c est de prendre concience de ce malheur d être homme, d être né homme et d affronter ce Tragique qui est le fond même de notre existence.

C est le premier temps de la "révolution mentale" du Maître himalayen; pour combattre un adversaire encore faut-il le connaître et le combattre en face à face ou plutôt le contourner à la manière du judo, utiliser sa force pour en faire la notre....

Je semble m éloigner du propos initial; il n en est rien.

La souffrance que je ressens, celle de cette époque cruelle, celle de chaque époque est la souffrance de l être humain.
Schopenhauer: "sitôt nés on esr déjà assez vieux pour mourir". Et Heidegger: l homme être-pour-la-mort...

Kant à sa manière reprend le thème du bonheur dont il perçoit le côté illusoire et passager pour le contourner et lui substituer un objectif plus austère  mais combien plus noble: " ce qui compte ce n est pas tant d être heureux mais digne de l être"

Alors que j ai tant vu dans cette vie, à la fois dérisoire et grandiose, plus que jamais cette formule-programme me semble à hauteur de ce qu il y a de plus grand en nous...

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13 octobre 2018

Harari: essai de mise en perspective

J'ai presque terminé la lecture de l'ouvrage (d'un des ouvrages) du diplômé d'Oxford. Mon sentiment est plus nuancé depuis le début de la lecture, plus mitigé.Je rappelle que cet historien israélien à succès livre avec cet épais ouvrage un 3me opus au succès planétaire, a publié Homo Sapiens suivi d Homo Deus; j'étais enthousiasmé dès les premières lignes; comme beaucoup de lecteurs, j'apprécie les livres qui essaient de farire le point sur une époque grosse de défis; tout particulièrement les livres "transversaux" qui offrent une perspective synthétique sur notre présent douloureux et notre avenir inquiétant.

Premier temps: l enthousiasme avec cette originalité courageuse, ce point de vue panoramique, cette liberté de jugement. L'auteur, de nationalité israélienne, ne craint pas de critiquer violemment son pays, a le courage au pays de Netanyahou et des rabbins talmudistes orthodoxes vivant dans une autre époque, de s'avouer athée et homosexuel, qui plus est marié...

Autant de symboles forts; quant au contenu, il pointe ce que notre époque a de singulier; d'emblée il nous fait voir des choses que l on préfère ne pas voir et nommer ce que l on ne nomme pas (je le comparerai volontiers à un prédécesseur, Alvin Toffler déjà plus ancien qui m avait profondément marqué). Tout grande oeuvre dérange, secoue, réveille, désobstrue le regard fatigué. C est le cas ici. Harari nous montre que l IA et les biotech bouleversent de fond en comble notre monde; ainsi des millions d emplois, même qualifiés seront cette fois perdus et non remplacés; ainsi des médecins, des chauffeurs, des artistes même devront "raccrocher".
Tout çà à cause des algorithmes (j ignore si cette thèse a été déjà défendue mais ici elle est bien défendue).

A présent j en arrive à d autres aspects de la thèse inquiétante d Harari (cependant, il propose de rémunérer sur prélèvements chez les plus riches un revenu universel, idée déjà proposée ailleurs; oui mais peut-on vivre sans travail?).

D'abord je trouve son point de vue trop unilatéral, à savoir hyperrationaliste; l Homme n est pas qu un être de raison, trop "réaliste" au sens étroit (que fait-il de tout une classe de phénomènes enregistrés par les traditions et attestés par des personnages dignes de foi? Je pense en gros au point de vue jungien pour faire bref); ensuite il fait un sort trop appuyé à ce qu il appelle les récits, qu il soient religieux ou non qui ont disparu aujourd'hui: communisme, capitalisme de papa, récits religieux, etc.
L Homme aurait besoin de récits pour donner sens à sa vie; je sais que l on répète cela à longueur de temps; plongeant en moi, franchement je ne pense pas avoir besoin de récits (quand j étais enfant oui, pour m endormir, pas maintenant; maintenant j'ai besoin tout bêtement d amour).
Enfin à force de vouloir relativiser le point de vue humain inscrit dans la "courte" histoire en le replaçant dans l' Histoire du Cosmos, on se demande s il n obscurcit pas les choses au lieu de nous les éclairer. Tout cela est grandiose, majestueux, "gigascopique", mais moi je ne suis qu un simple mortel vieillissant et d autres soucis m accaparent; je ne suis pas un cosmologiste examinant des milliers d équations...

La charge contre les religions est sanglante; encore heureux qu il reconnaisse que les religions ont du bon; au fond ne prêchent-elles pas toutes amour compassion don de soi; ne nous présentent-elles pas de magnifiques "spécimens" d humanité? Sans compter le source d inspiration qu elles ont été pour les plus grands créateurs,de Michel Ange à JS Bach. Personnellement, je serais moins radical qu Harari; à vouloir trop bien faire...
Si je puis me permettre: "tout çà", depuis Luca jusqu à Sapiens sapiens, depuis le temps de Planck jusqu à nous, pourquoi? Leibniz reste audible avec son fameux "pourquoi quelque chose plutôt que rien?"
Pas de réponse mais une très grave et décisive question que la religion vient éclairer et obstruer à la fois. Pour moi c est quand même un sérieux sujet qu on ne saurait évacuer à la légère même si on est diplômé d Oxford...

Là où il parle bien et je le suis sans problème: il croit à juste titre que le nationalisme  n'a plus de raison d être dans une société forcément mondialisée, vu l ampleur inouïe des problèmes; il remet les choses à leur place, petite et éphémère (en gros ce dont nous abreuvent le médias); il adopte un point de vue cosmopolite et ouvert, généreux et social.

Le point que j apprécie particulièrement: le décalage entre ce mouvement incessant, ce mouvement brownien qui entraîne tout; pour Harari, l humain tel qu il est construit et s est construit ne peut suivre et donc souffre et ce, dès l âge de 50 ans; la plasticité du cerveau a ses limites. Une course contre la montre est engagée; pour lui ce sont les biotechs et les infotechs qui l emporteront sur l Homme. (qui l ont déjà emporté: Kasparov contre le super-ordinateur puis la victoire de la machine au jeu de go.

Bref Harari perçoit avec lucidité l immense brêche , la formidable disruption qui nous fait si peur et à juste raison.

Dernière chose; je ne suis pas sûr que la "prophétie" d Harari certes très documentée sera réalisée ne serait-ce que par la ou les réactions qui ne manqueront pas à la lecture de ce livre. Ses livres existent et leyr existence change " le monde".

Je me pose la question: un nouvel humanisme est-il encore possible avec l inquiétant univers connecté à venir où notre cerveau est mis en concurrence perdante avec les puissants serveurs de demain?

Le questionnement passionné de ce jeune auteur est en soi une prise de conscience et une aide à la prise de conscience.

Ce n est pas tant la machine qui fait trembler mais ce que nous allons faire de la machine.

Au fait ai-je dit que cet auteur inspiré pratiqiue la méditation Vipassana sous la direction d un Maître? Il est vegan enfin...

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