Choses vues entendues sues

23 juin 2018

Humanité, humanisme et transhumanisme

Je me suis rendu hier à un colloque ouvert au public organisé par le Grand Orient de France. Le thème en était le transhumanisme.

Je n étais pas très en forme; je venais d être atteint de plein fouet par une "mauvaise nouvelle": le jeune étudiant qui m aidait pour le ménage m annonce à deux heures du matin par sms que dorénavant je ne devais plus compter sur lui; il avait trouvé un job dans un restaurant; ce même étudiant m avait promis pourtant de m aider à monter une petite bibliothèque dont j ai un vif besoin.

Une fois encore: imprévisibilité du temps, des êtres et des choses. Rien ne laissait prévoir cette volte-face. Chacun pour soi encore et toujours (certes j en ai discuté avec mon frère lors de notre visite à notre mère dans son "habitation" collective qui  n'incite pas à l optimisme). Mon frère à juste titre a pointé le conflit de générations, au delà de la qualité faciale des rapports intergénérationnels. Plus que jamais ne serait-ce que de manière subliminale, ces jeunes du 21me siècle nous perçoivent, nous les anciens comme des privilégiés et bien entendu ne "voient" pas toute la part sombre qui nous échoit.
Je le sais bien; on ne peut pas attendre de personnes qui ont "l'avenir devant eux" de compatir à ceux dont ils attendent la fin inconsciemment (Shakespeare a de très belles pages à ce sujet; les jeunes attendent notre mort pour occuper enfin notre place d autant que notre temps est  plus injuste pour cette classe d âge: cf le taux de chômage des jeunes ici et ailleurs).

Revenons au colloque. De nouveau j ai du affronter une mauvaise sonorisation (je n'ai pu saisir que des bribes de certains conférenciers; un seul savait parler devant un micro). J avoue ne pas comprendre comment cette époque de haute technologie ne sait toujours pas faire avec ce problème. De mon temps, soit le conférencier parlait devant un micro et c était audible soit il parlait sans et la voix portait.

Le transhumanisme donc: j ai compris que ce courant venu des usa défendait une vision de l homme modifié, amélioré, promis à une très longue vie voire pour les plus optimistes ou les plus fous à l immortalité (rien que çà). Ce courant né dans la Slicon Valley bénéficie de puissants soutiens financiers, se reconnait comme matérialiste, athée, ultra-libéral et curieusement proche de certaines hérésies chrétiennes (Macron dans l Antiquité) où le corps est perçu comme mauvais.

Toutefois Platon qui méprisait le corps admettait par sa dialectique ascendante qu il fallait en passer par le sensible pour atteindre le pur royaume des Idées.

Cette "idéologie" fait frémir avec cette vision de l homme (est-ce encore l homme?) connecté, reconfoguré par les nano et bio technologies.

Au delà des aspects politiques et économiques (on perçoit mieux d où viennent les théoriciens de ce mouvement) il est clair qu il incarne profondément une époque anti-humaniste dans la mesure où contrairement aux valeurs de l héritage grec de l Occident c est une néocréature-artefact qui nous est promise. Sans compter que "l hypercorps" enfanté par une technologie emballée sera d abord à la portée des plus riches dans les pays les plus riches (dimension ultra-libérale maintenant universelle)

L illimitation de notre condition de mortels d où toute éthique de la mesure est écartée nous est présentée comme un objectif urgent et désirable.

Il n y aura plus de limite que celle que la technologie à son stade d évolution aura atteint. Course sans fin au double sens du mot...

Les apprentis-sorciers jouent avec le feu non comme les forgerons des sociétés traditionnelles qui étaient les artistes d un feu créateur mais comme des enfants jouant sans conscience du danger avec une boite d allumettes.

La perte de repères se conjugue avec la perte du sens de notre finitude.

On veut toujours plus, toujours mieux, toujours plus vite, toujours plus performant dans l oubli de ce qui constitue notre humanité savoir notre faiblesse et notre fragilité, le coeur de notre condition. 

Nous ne sommes pas des robots à réparer et à améliorer mais des êtres vivants dont la fragilité face à l univers est garante et de l éthique qui nous transcende et de cette humilité constitutive de notre dignité et de notre ouverture à l autre notre prochain...

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22 juin 2018

Le temps perdu et (si peu) retrouvé

Tout le monde nest pas Proust qui, mieux que personne a su exprimer dans des pages admirables ce passage du temps qui emporte tout et dont la mémoire retient des bribes...

Hier petite virée à Trouville avec mon frère, entre nostalgie et plaisir.
La petite ville normande où mon frère a célébré son mariage civil et où tant et tant de souvenirs nous rattache a bien changé tout en gardant son "profil" global.
La météo, une fois, de plus confirme le changement climatique qui concerne toute la planète; en juin, beaucoup de vent et de la fraîcheur!

Mais les changement sont multiples: boutiques et restaurants disparus remplacés par d'autres enseignes. Peu de monde en juin alors que le 21me arrondissement de Paris aurait du être plus fréquenté ce mois.
Déjeuner dans un bon restaurant à un prix modéré.

Sinon cet air de la mer m a apaisé; pas eu besoin de médicaments pour dormir.

Mais le bilan est pour moi mitigé; j ai été heureux d échanger avec mon frère; nous sommes tous deux bavards et des intérêts communs nous unissant.

Cependant tout cet afflux des temps heureux et ce décalage avec une réalité si différente et dans un climat morose!

J en suis à me demander si ce genre de pélerinage dans me temps m est si bénéfiqu et s il n aurait aps été préférable de changer vraiment plutôt que d opter pour cet entre-deux entre fausses retrouvailles et sentiment de la perte.

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21 juin 2018

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

Je reviens décidément à ce thème: ce monde trop compliqué.

Un exemple parmi tant d autres (on peut dire que chaque jour nous apporte son lot de complications hélas): je reçois un mail de l administration des impôts me demandant de compléter ma déclaration en ligne que je fais sans trop de problèmes depuis des années. Or cette année un bug (qui n est pas de mon fait) en a "décidé" autrement. En effet, je devais réclamer à deux employeurs (j ai une petite activité d enseignant à domicile) les sommes à déclarer (je ferai remarquer la négligence de ces employeurs...). Bien, les réponses arrivent vite certes mais...le site que j'avais placé sur la barre d outils "refusait" obstinément de reconnaître mon mot de passe (pourquoi?) d où tout une après-midi passée en vain à changer le mot de passe constamment rejeté.

Dès le lendemain je me rends aux aurores pour ne pas attendre à mon centre des impôts et j explique mon affaire et il m est répondu que je ne suis pas le seul dans ce cas (j en conclus que si problème il y a il se situe du côté de l Administration). Bref un agent me remet une version papier de ma déclaration préremplie mais heureusement j ai la présence d esprit de compléter apr les petites sommes parvenues en retard.
Le même agent me précise qu il suffira de mettre sous enveloppe les documents dans une boite située à l entrée du centre, ce que je fais (je n avais pas sur moi d enveloppe; heureusement un supermarché ouvert à proximité m a permis d acheter des enveloppes ad hoc).
Bien

Je pensais en avoir terminé avec cette redoutable "corvée". Eh bien non hier je reçois un mail me demandant...de compléter ma déclaration en ligne alors qu j avis expliqué ay centre mon problème etc (voir supra).
Que faire? Le mail de plus est sibyllin: on me dit que si une déclaration papier a déjà été déposée inutile de procéder à cette démarche;

Mais 

1) étant anxieux

2) cetet administration ne plaisantant pas (des pénalités sont expressément prévues si on ne complète pas ledit document); en ce moemnt en france "on" a besoin d argent, c est clair...

3) Les dysfonctionnements se multipliant dans tous les services (personnel moindre, sous-payé, excédé, complexité kafkaïenne des tâches etc)

Je pense devoir héla retourner au centre pas aujourd'hui comme je comptais le faire mais lundi car les bureaux sont fermés samedi et vendredi je ne suis pas disponible (je pars un jour en Normandie; j ai bien droit à un peu de répit...)

Ma vie est dévorée, intoxiquée, perdue par ces incessantes diffcultés.

Paradoxe suprême: au moment de la multiplication des machines le monde devient plus difficile alors même que la technologie aurait du logiquement nous simplifier uen existence déjà dure en soi.

 

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20 juin 2018

"La mondialisation"

L'Europe fracturée, pessimiste, frileuse, nostalgique des temps de l horreur (j ai visionné un document édifiant sur l Italie: une groupe fasciste supporter de la Juve de Turin avec portraits de Mussolini et pointe d antisémitisme dans ses locaux; on croit faire un mauvais rêve mais non!) fait face actuellement au problème de la migration de masse. "Fait face": formule de rhétorique: ne sait plus que faire plutôt!

C est aussi cela la mondialisation: la facilité des échanges, la destruction du tissu industriel voire des services ici, la fuite des jeunes notamment hélas depuis l Italie vers la France, les USA ou l Australie.

La mondialisation en ce moment, je n en vois pas les avantages de mon point de vue: toujours plus de chômage en tendance globale ici, toujours plus de migrants (au fait les "experts" toujours bien informés parlent rituellement de l Afrique qui gagne: Ah! bon je ne vois rien, moi...) toujours plus de jeunes, et maintenant de vieux, grâce au génie qui nous dirige, en difficulté...

La mondialisation, c est celle de la violence banalisée, qui prospère partout (équivalent au 21me siècle des guerres mondiales, comme si le Mal inhérent à notre espèce avait trouvé sa forme d expression privilégiée du moment) me semble-t-il; en particulier l Amérique latine, semble détenir un triste record en la matière: Mexique, Venezuela, Colombie, Brésil, et j en passe. Partout les internationales du crime. Au Mexique, m'a-t-on dit, c est simple: des régions entières sont sous contrôle des mafias au point que l "Etat" a interdit à ses populations de se rendre dans telle ou telle zone.

La mondialisation a ceertes son côté positif: l argent circule sans problème, celui des super-riches, les chéris de l ère macronienne et celui du grand banditisme. Le recyclage de l argent sale est aisé pas seulement dans les paradis fiscaux; je ne suis pas naïf à ce point; il y a un paradis fiscal, un seul et c'est le monde entier.

Voilà la mondialisation, celle de la mutualisation des problèmes et celle de la grande fête des puissants avec un Occident qui a peur (il montre ses muscles: c est un très bon  signe) et en déclin et une Chine qui rafle tout et se conduit en puissance coloniale à la place laissée vacante par un Occident sur la défensive.

La France se rabougrit dans une Europe déchirée et informe, composée de bric et de broc.

Ce n'est pas de mondialisation que l on devrait parler mais de fragmentation mondialisée de la planète, de surcroît en danger de mort sous l angle cette fois non de la géopolitique mais de l écologique.
Avec celle du crime, une mondialisation va bien; celle de l écocide.

Santé!

 

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19 juin 2018

Absurdité du jour et image de ce temps

Ce matin j évoquerai une saynète de la vie quotidienne de grande banalité, tant elle illustre la formidable rupture que nous vivons depuis 5 à 10 ans environ.

Tout y est: le changement incessant des pratiques quotidiennes imposé plutôt que désiré, la perte de sens du travail, l'absurdité, digne de Charlot, de la situation.

Voici: je devais me rendre à un bureau de poste voisin pour "simplement" (les guillemets vous indiquent combien la simplicité que j ai toujours connue n est plus) expédier une "simple" lettre à l'étranger.

D'abord, pour dire que, hélas, comme d'autres, j'ai du intérioriser l imprévisibilité de tout et de rien, je ne savais pas si le bureau de poste était encore ouvert; en effet, un bureau de poste en France en 2018 peut être fermé du jour au lendemain sans crier gare ou changer brutalement ses horaires toujours pour des motifs obscurs...
Un bureau de poste! J ai connu la fixité rassurante des horaires et la pérennité des bureaux de poste. tout cela est balayé par le grand vent du changement comme dans une pièce du théâtre de l'absurde, pour le coup bien prophétique du chaos actuel.

Ouf! Bureau toujours là (c est-à-dire non remplacé par une boutique, elle-même provisoire, de "fringues". A croire dans ce monde devenu fou que les gens passent leur vie à s'habiller et à se déshabiller!) et horaires apparemment inchangés.

OK Chouette! on y va. J'avise en rentrant, destressé, que le service dit "d'envoi de lettres et colis" est (une fois n est pas coutume) disponible; un seul client attendait le pesage de son colis par l agent. Arrive mon tour et je fais ma demande. "Ah non, Monsieur, vous devez utiliser un de nos automates" (bien ma veine comme quoi on ne peut jurer de rien). Entre nous, pourquoi alors cette qualification du guichet; on aurait pu mettre un panneau: vente de tomates (ou de jeans; c est plus "in"), échange d illustrés ou baguettes en solde.

OK bis je me rends vers la batterie d automates (quel plaisir royal que de voir peu à peu le contact humain disqualifié et remplacé par des robots intelligents ou pas. Je compte aborder ce thème de la soi-disant "intelligence" de ces machines); précisons toutefois que (encore un changement) lesdits automates ne fonctionnaient naguère que pour les envois en France. Donc changement de nouveau..

Mais l histoire ne s arrête pas là. Sur 10 automates un seul acceptait la monnaie, je veux dire la bonne vieille monnaie de pièces et de coupures; encore un changement, encore une contrainte. Je ne vois pas trop l intérêt d'utiliser sa carte Visa pour une somme dérisoire pour la simple raison que je devrai alors multiplier les écritures sur mon livre de comptes (on voit couramment des acheteurs payer 5 euros par carte bleue, ce qui du reste fait perdre du temps aux acheteurs suivants. Où est le gain, dites-moi?

OK je me rends à l automate orphelin qui accepte les pièces. Hourrah! Personne. Je passe sur l'arbre des décisions qui apparaît sur l écran. Bon je ne suis pas si bouché, je comprends cet arbre...et jette mes pièces dans la fente et mets ma lettre dans la boite ad hoc.

Leçons à tirer de cet épisode "banal": un agent sans doute démotivé ou rancunier ou mal disposé (finis les facteurs de mon enfance que l on connaissait et reconnaissait,qui vous connaissaient et reconnaissaient. On n'arrête pas le "progrès": maintenant des agents interchangeables, anonymes, pressés, soumis au rythme de l usine et sous-payés; de plus, probablement préoccupés par leur devenir, à l heure des diktats du FMi, de l OMC et de Bruxelles.

Une automatisation accélérée de tout ce qui peut encore être automatisé en attendant l automatisation des métiers les plus "nobles", savoir la médecine, l enseignement, le pouvoir aussi? Je pense à la trilogie freudienne pour qui les fonctions les plus difficiles (et les plus humaines) étaient celles d éduquer, de guérir et de gouverner.

Enfin, last but not least, la furie de tout bouger, de tout changer, de tout déplacer.

Ne nous étonnons pas après de voir exploser la violence, les dépressions, la drogue, le burn-out, la déshumanisation. 
L humain se sent vaguement coupable, rejeté, dévalué, nié dans son humanité.

Comment vous, faites-vous, face à ce cauchemar qui peu à peu telle une épidémie sournoise s instille insidieusement dans nos pratiques en nous rendant toujours plus esclaves d un monde qu on n a pas voulu?

 

 

 

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18 juin 2018

18 juin, l Histoire, De Gaulle

18 juin, ce n'est pas pour moi et je l espère d autres habitants de ce pays ( et d'autres pays?) une date ordinaire. Le 18 juin le Général de Gaulle a osé dire: "NON", non à l'occupant, non à l'abaissement honteux de son pays, non à la barbarie. Avec un courage et une volonté exemplaire. Depuis Londres où il s était réfugié, il a prononcé ce discours qui restera à jamais dans les annales, devant les micros de la BBC. Il paraît que cet appel à résister a été peu écouté mais au fond qu importe, un homme seul a refusé de voir son pays sous le joug de l'occupant. On connait la suite.

Pour ma part, De Gaulle appartient à mon panthéon personnel depuis mon enfance alors que je répétais selon ma mère "vive De Gaulle" sans doute entendu à la radio mais repris avec la sympathie dont j étais capable.
Un héros qui le restera malgré le fameux discours depuis le balcon du gouvernement Général d' Alger où il a berné les pieds noirs avec son "je vous ai compris", un mensongé délibéré alors que l indépendance de l Algérie était déjà dans les tuyaux, malgré son antiaméricanisme primaire, malgré des propos ambigus sur le peuple juif. On y sent le vieil antisémitisme nourri de maurrassisme qui fut le sien dans sa jeunesse. En revanche on appréciera son ouverture d esprit en général et sa tolérance à l égard des non-catholiques, lui le croyant sincère qu il fut. De même la grande souffrance privée qui fut la sienne, il l a tue; sa pauvre fille handicapée Anne? On est loin de cette époque qui vient fouiller dans toutes les poubelles des pour satisfaire au voyeurisme ambiant. Passons...

De Gaulle malgré ses ambiguïtés et ce que à gauche on a considéré comme un régime dictatorial; cela me fait doucement rire. Savez-vous ce qu est une vraie dictature vous les gens de gauche et les rebelles de 68? Visiblement non et tant mieux.

Il se trouve que j ai visionné un documentaire hier sur la seconde guerre mondiale où j ai appris que l occupation nazie en France même fut atroce, plus que je le croyais. La Wehrmacht c était aussi "pire" que les SS et les SS tête de mort et j ai compris l angoisse des populations face aux exécutions sommaires, aux exactions et à tout le Mal qui déferlait sur un peuple apeuré ou consentant et à un gouvernement Raynaud timoré et insouciant.

Après tout que l on soit pour ou contre ce géant de l Histoire,  grand homme de lettres de surcroit et stratège hors pair, nous vivons encore sous la la 5ème République qu il a instituée... sur mesure. 

Le mépris qu il a exprimé à l égard de son peuple: "les français sont des veaux" doit se comprendre à mon avis comme une conscience du décalage entre sa lucidité sur lui-même et sa grandeur ("j ai rendez-vous avec l Histoire") et le peuple médiocre dans sa masse. 

Mais ce qui saisit chez lui c est cette passion pour la terre de France à laquelle il se sentait lié comme charnellement.

J'ai besoin d admirer: qu y puis-je? Les hommes de cette stature sont rares et me donnent par leur action et leur pensée confiance en moi et en l Homme.

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17 juin 2018

Théodore Monod, le désert, l aventure, le savoir

Toujours à la radio toute la nuit dernière a été consacrée au écrivains-voyageurs. A ce propos l aventure, ce peut être aussi au coin de la rue tant la distance n est pas le tout mais l esprit de curiosité et la soif de découvrir...

Théodore Monod dont j ai pu lire des écrits et visité une exposition au Muséum d Histoire Naturelle de Paris est un homme que j admire; jusqu'à un âge avancé il a fait du désert son terrain de recherches, sa source d inspiration et son habitat naturel. Qui disait que sa patrie, c est le lieu où l on se sent chez soi? Je reprendrai volontiers cette proposition. Le désert de Mauritanie,c était le chez-lui de ce grand savant émerveillé jusqu à la fin de sa vie par les beautés de notre maison à tous; il cumulait les savoirs en encyclopédiste et était riche de qualités morales et spirituelles; modeste et enthousiaste, on lui doit de très beaux livres et des découvertes sur un monde hostile et plus divers qu on croit.
Outre Théodore Monod , figure du savant-humaniste exemplaire, Paul-Émile Victor fut le Monod de la glace et Cousteau, celui de la mer.

Et les souvenirs d affluer: "le monde du silence" film sur Cousteau, les documentaires sur le monde polaire, les films de Paul Painlevé, expert en films scientifiques et ces superbes ouvrages de la collection "Terre humaine" qui vous font découvrir le vaste monde sous la plume de passionnés comme Jean  Malaurie, l'ami du peuple esquimau comme on ne dit plus.
Je me souviens du magnifique musée océanographique de Salammbo, près de Tunis. Je l ai visité tant de fois, toujours saisi par tant de trésors; un de mes oncles connaissait très bien le directeur de ce musée, l un des plus importants au monde dans ce domaine.
J ai en mémoire la villa de ce spécialiste, à l'architecture avant-gardiste, donnant sur une petite crique, avec ses baies vitrées, son piano à queue, ses statues, son immensité et surtout en sous-sol une immense bibliothèque vouée à la mer. On devinera ma fébrilité d adolescent, amoureux des livres, à la simple inspection de tous ces trésors. 
Un autre savant était ami de mon oncle médecin, lui-même, découvreur de remèdes contre une des maladies tropicales. Cet homme, médecin aussi, se passionnait pour le petit monde des abeilles. au point de posséder des ruches sur son balcon pour mieux observer l'activité incessante de ce peuple fascinant dont Von Frisch a su génialement décoder le "langage" à base de danses...

Le savoir est une aventure mais l'est de moins en moins, à présent que le chercheur fait partie d une équipe et s'inscrit dans un programme déjà soigneuesemnt palnifié. Existe-t-il encore des figures solitaires à l ancienne que la passion anime, plus que le rendement de son travail et le financement souvent âprement recherché auprès de grandes firmes dont le profit court-termiste est le seul moteur et l éthique n est pas le souci premier ( Cf Monsanto devenu Bayer- pour se caher de tant de méfaits?- et justement les produits de la firme écocidaire contribuent à l extinction progressive de ces merveilleuses abeilles, qui fascinaient les anciens déjà)

Le monde est encore à découvrir, encore à explorer, encore à nommer. J ai appris que des milliers d espèces étaient encore à classer (problèmes difficiles posés aux natiralistes; où classer tel ou tel spécimen?) ou à simplement nommer; sans compter les millions d espèces à découvrir...


L infini est partout et pas seulement à l échelle du cosmos mais à toutes les échelles; il attend ses découvreurs et, mystère de ce monde qui est le notre, à mesure que nous avançons dans sa connaissance il ouvre encore plus ses arcanes; un mystère éclairci et voilà que d autres se présentent à notre sagacité. 
Enigme suprême: cette surprenante connaturalité entre l esprit humain et ce monde qui  s offre à cet esprit dans un stupéfaint "accord".
Comme si ce monde était fait à notre mesure...

Pour l'Inde ancienne, les dieux ont créé l univers par jeu ou lila (s ennuyaient-ils, eux?) et les hommes se sont emparés de ce jeu pour apporter leur concours à ce divertissement de rois: l aventure indéfinie de l exploration du Réel.

 

 

 

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16 juin 2018

La flèche du Parthe

On connaît cette tactique des Parthes dans l Antiquité; les cavaliers se retournaient au dernier moment et de manière aussi inattendue qu efficace tiraient sur l ennemi la flèche mortelle.

L expression depuis s emploie au figuré. Je l applique à certains adolescents (j en suis un certain nombre cela fait près de 15 ans maintenant). Cela donne un éclairage sur la psychologie de cet âge qui reste secret malgré la qualité des rapports que l on peut établir avec eux. 

Je mets à part ceux qui restent passifs et quasi-mutiques se contentant d absorber la parole du "maître", cette passivité pouvant être l expression de l ennui, de la distraction, de la timidité. Dans certains cas, heureusement rares, c est une forme d autisme qui est en jeu; auquel cas, je ne peux faire grand chose et j abrège ma collaboration car c est un spécialiste qui convient..

J ai en tête deux cas flagrants d élèves qui à la dernière séance vous décochent un trait d "hostilité" d autant plus inattendue que vous pensez vraiment avoir établi un lien de confiance; du coup on se sent comme "trahis".

De manière plus générale, c est au delà de ma personne tout un aspect de la adolescence qui se "dévoile". Le besoin de se protéger des adultes et d avoir un univers tout personnel, un jardin privé (parfois un parc!) qui sans doute a pour fonction de se construire un quant-à-soi comme pour se dérober au regard de l adulte ressenti comme une intrusion intolérable. A mon avis, cet âge fragile se défend de cette manière de la dépendance obligée ne serait-ce que financière à l égard des parents. Une manière de signifier; je ne vous "appartiens" pas entièrement; j ai mon chez moi que je n ouvre qu à mon ou mes potes, ma copine ou mon cercle.

En conséquence de quoi, cette flèche du Parthe, certes je pense la comprendre mais çà provoque en moi une grande déception renforcée par l effet de surprise mais aussi constitue une leçon.

Rien n'est jamais acquis avec l adolescent comme rien n est jamais acquis dans la vie, qualité ou pas de la relation...

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15 juin 2018

Ballon rond, sport et société

En cette période de Coupe du Monde en Russie, interview du footballeur reconverti en militant antiraciste Lilian Thuram. S'origine guadeloupéenne, l'ex-champion a évoqué de manière qui m a touché que c est à son arrivée en France qu il a découvert qu il était noir. 

Ce qui m amène à semer quelques réflexions sur ce sport qui abien changé lui aussi avec toute la société et Thuram a tout-à-fait raison de dire combien ce sport populaire entre tous est le miroir de la société globale et en particulier de ses dérives. Pouvoir de l argent, argent du pouvoir, corruption, trucages, patriotisme, racisme, etc

Mais a contrario, le sport fait rêver et sublime la violence; après tout pendant qu on se bat autour d un ballon on ne se fait pas la guerre.

Je me revois tout enfant accompagner mon père (rares fois où cet homme par ailleurs bon s intéressait à moi) sur les hauteurs de Tunis au stade Géo André dans la verdure pour voir le spectacle d un match de foot. A son issue, un collègue d emon père d origine italienne faisait nous raconter les coulisses de l exploit. Pourquoi le nier? J étais heureux de ce moment d émotion et de partage si rare avec mon père.

J étais alors entretenu dans l image de l enfant maladif, peureux, "féminin" par son goût immodéré de la lecture ( d autant que ces lectures tournaient souvent autour d ouvrages de la Comtesse de Ségur, ceux de mes deux cousines plus âgées, des petites mères en quelque sorte).

De manière plus générale l intellectuel dans l inconscient collectif  c est une fille dans le fond; le corps et son culte étant assimilés au mâle vrai. est-ce un hasard si tous les régimes dictatoriaux valorisent le corps et la virilité à travers lui.

Les choses ne sont pas si simples: bon nombre d écrivains aimaient le sport jusqu à le pratiquer et on pense au grand Camus, à Marcel Prévost bien oublié, Cravan et à des auteurs américains ou britanniques pratiquant un sport. Il me souvient d un très bel ouvrage d un sociologue américain sur cet univers de la boxe où les noirs trouvaient de quoi prendre leur revanche sur l humiliation qu ils subissaient (et continuent à subir dans leur propre pays.

A l heure actuelle j aurais une opinion plus nuancée. Je n aime pas les spectacles sportifs et ce monde m est au mieux indifférent; cependant j ai déjà raconté que, étant enfant, j ai souffert sans m en rendre compte vraiment, de mon isolement, "m arrangeant" pour être constamment dispensé de sport; à ma décharge les "maîtres de sport" avaient une conception militaire de ce même sport avec coups à l'appui si on craignait de monter à la corde (ah! ces cordes et ce gymnase et sa hauteur insoutenable pour une petit sixième que rien ne préparait à affronter le défi).
Or tout se paye dans la vie; alors que mes camarades se livraient aux activités sportives j étais enfermé dans une salle d études. Expérience d être différent des autres et obscur malaise face à un "privilège" empoisonné. Quelque chose comme: je n ai pas les mêmes droits... ni les mêmes devoirs que mes pairs.

Depuis comme pour effacer cette stigmatisation qui hélas en redoublait et en renforçait d autres, j ai fréquenté les salles de sport et pratiqué le jogging des années durant. 

C est dire que ma position face aux sportifs est fortement ambivalente: au fond de moi une sorte de mépris mais ne cache-t-il pas ce mépris une obscure envie, celle toute simple d être comme tout le monde?

Je reviens au sympathique Thuram qui milite pour l antiracisme, l antisexisme, l anti-homophobie. Pourquoi oublies-tu l'antisémitisme, Lilian?

Le sport est une issue pour nombre de jeunes en détresse, mais peu. 

Le sport de notre temps est difficile car il exige qu on le pratique à plein temps; j en sais quelque chose ayant eu des élèves champions au cours de ma période de professorat; il est très difficile de concilier sport et études.

Difficile de conclure. Le sport m a "aidé" plus que je le crois dans le construction de mon être. J ai vibré aux exploits des coureurs valeureux du Tour de France, suivant chaque étape du Tour et collectionnant les photos des chevaliers des temps modernes, de ces héros pacifiques dont les exploits me passionnaient.

Le sport existe depuis l'aube des civilisations et sa leçon est peut-être qu il ne faut pas oublier le corps, car lui se rappelle à nous si on le négligeait et de quelle manière!

Ce corps, objet de glorification exacerbée dans les régimes totalitaires aux dépens de l esprit (autodafé des livres sous Hitler) et méprisé par Platon qui en fait le tombeau de l âme (soma sema), idée que le christianisme devait reprendre.

L Asie semble avoir uen position plus équilibrée. L esprit sinscrit dnas notre corps et l un marche du même pas que l autre.

Spinoza devait faire du corps un champ d expérience largement inexploré.

Mens sana in corpore sano.

Je reprendrai à mon compte la vieille maxime latine, loin des excès du sport technologisé et du corps instrumentalisé. 

Apprenons à l habiter ce corps qui nous accompagne toute notre vie, à l écouter, à le respecter car il participe plinement à notre sentiment de dignité.

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14 juin 2018

Festina lente

Je citais cette locution latine à mon élève d hier: festina lente ou hâte-toi lentement; celareste valable de nos jours où on court toujours après ce temps dont on n est pas maître contrairement à ce que dit le "maître" du jour.

On en est l esclave ou on devraiten être le "complice" et l ami. On devarit savoir ruser avec lui comme avec l ensemble des contraintes que multiplie le monde actuel; il se trouve que justement ja i eu ce matin un bugg informatique et une élève m attend; j ai du restructurer à toute allure mon emploi du temps pour écrire ce blog et du coup j ai oublié le thème prévu initialement.

Notre rapport au temps dans lequel nous sommes tous inscrits constitue un excellent test de notre rapport à la loi, à la société, à nous-mêmeset aux autres.

Qu est-ce qui compte pour nous vraiment? Qu est-ce qui importe le moins? De quoi dépendons-nous? 

Voilà toutes les questions qui s imposent à nous au travers de notre rapport au Temps qui nous situe, nous constitue et donne par son passage nous donne et nous ôte, nous forme et nous détermine.

C est notre maître, M.Macron excusez-moi!

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