On ne réfléchit pas assez sur tout ce qui peut nous arriver dans une journée ordinaire; en voici un exemple: je me suis rendu à un cours, le second de l'année sur l histoire du cinéma par un passionné "surdoué" (c'est au point que parfois son analyse des images va si loin et si près que moi j ai l impression de ne rien voir d'où un sentiment de frustration voire une colère: "est-ce possible que tant de choses m aient échappé? Peut-être faut-il admettre simplement (vite dit) que sur cette terre il y a des gens très doués...Dur mais vrai! Et pour me réconforter, je me dis: après tout ce cinéphile hyper-cultivé "voit" peut-être trop de choses!).

Le début du cours était moins insatisfaisant que la fois dernière avec un son plus audible (pour moi); voilà, après deux trois minutes qu une feuille de présence circule dans les rangs; une jeune femme réceptionne et signe puis au lieu, comme il eut été logique de me la tendre à moi, son voisin du même rang, remet la feuille derrière elle; mon sang alors ne fait qu un tour et je dis m adressant à cette personne indélicate: c est plus logique de me remettre la feuille, non? Là dessus l enseignant intervient (en fait il est possible que je parle plus forte, étant appareillé et ne l étant pas constamment); je m en excuse aussitôt...

Fin du cours qui se prolonge, ce qui m agace (j ai toujours en moi ce côté speedy; ce serait trop long à expliquer aujourd'hui) et je sors discrètement (de toutes façons vous pouvez suivre un cours pendant 10 ans inutile de penser vous lier avec qui que ces soit c'est çà Paris et aujourd'hui encore plu qu hier).

Je fonce vers les wc (oui j ai des envies pressantes: prostate vieillissante?; on a toutes les joies à cet âge); manque de bol: il y a file d attente (malgré la présence de quatre cabines!). Ce qui est superbe dans cette ville: quoi que vous fassiez, où que vous alliez, on attend, on attend, on attend. Heures creuses ou pas; en heures creuses justement, il y a moins de personnel...CQFD

Je rentre chez moi énervé (en plus mes soucis de santé à l aine pour lesquels je dois faire une écho), fatigué, découragé (ne pas oublier: ce début d année est le plus mauvais "professionnellement depuis 2004: un seul élève après "l'échec" de trois cours, échec incompréhensible; en plus de l'absence des nouvelles des rares personnes de ma connaissance à l exception du mexicain qui est revenu du Mexique).

Et je ressens un tel ras-le-bol que du coup j annule ce fameux dernier cours que je devais assurer hier soir en inventant une excuse de dernière minute, qui est heureusement acceptée; il faut dire à ma décharge qu un élève qui émet un son tous les trois quarts d heure en philo qui plus est ce n est pas très stimulant; ja idéjà évoqué n fois ce défaut de participation; l élève à un certain moment a manifesté une moue d agacement. On laisse tomber!

Nuit difficile avec douleurs intestinales comme des brûlures; est-ce la fin, ma fin, en pleine nuit dans la solitude d un chien abandonné? 

Les pilules "du bonheur" m aident à m endormir; je ne suis pas mort puisque j écris ce blog, un peu salvateur.

Je reviens aux micro-événements qui tissent nos existences (j en profite pour citer des auteurs qui ont déjà attiré l attention sur la valeur du quotidien: Freud, Moles, Goffmann); ils n ont l air de rien; rien n est plus erroné, car leur accumulation finit par créer une "masse critique" qui vous atteint au plus profond.
Pourquoi au plus profond? Un exemple: cette jeune femme indélicate d hier matin; pour certains de mes visiteurs toute cette "affaire" ne mériterait pas tout ce développement, oui et non; ce qui est en jeu ici: mon rapport aux femmes (pas simple!), aux jeunes, mon impression de ne compter pour personne, d être personne (affaire ancienne: mes parents ne se sont jamais occupés de moi comme d un être vivant, autonome, riche de possibilités comme tout un chacun), ma rage d être "moyen" face à cet enseignant brillant, par ailleurs d une garende sensibilité, mon problème de malentendance, etc etc. On aura compris que si j ai mis le focus sur un seul événement c est pour me faire comprendre; prière de multiplier par 10, 20, 30 ces événements d'apparence triviale...

Après tout dans l univers physique les neutrinos sont étudiés avec un luxe d instruments dans l immense anneau du CERN de Genève, les gènes visibles au microscope électronique déterminent notre devenir physqiue voire psychologique; et les saprophytes minuscules basculent en un rien dans une virulence mortelle...

Pourquoi pas auussi ces petits faits du quotidien?

Le Bouddhisme, une fois encore a vu juste: la méditation met l'accent sur toutes ces choses minimes qui se passent dans notre for intérieur (David-Néel a détaillé dans un de ses livres l atomisme bouddhiste) et la phénoménologie de Husserl, Merleau-Ponty et Lévinas braque ses projecteurs sur ce "monde" subtil qui est nôtre et avec lequel nous nouons un lien singulier, ce monde qui est (littéralement) nous...

Descartes a voulu trop séparé le sujet de l objet; de même que la cellule baigne dans le mileu intérieur, notre esprit est (avec- dans) le monde...