Je reviens sur l'explosion de colère dont j ai (si çà trouve) encore plus souffert que l'objet de cette colère, à savoir cette femme "absente".

J'y reviens parce que une telle expression par son aspect tenu pour excessif sous ces latitudes (le français, le parisien, du moins à mon avis, moi qui viens d'ailleurs se comporte plus sobrement et souvent musèle ses émotions) interroge, moi en premier.

Je prends peu à peu la mesure de cette démesure et je ne plaiderais pas coupable (au fond qu'ai-je fait de mal? je n ai agressé personne, je n ai pas porté atteinte aux biens d autrui mais exprimé un ras-le-bol bien compréhensible).

Une telle manifestation comme disent les freudiens est surdéterminée, comme tous les actes et les pensées: je crois que, à travers cette explosion on pouvait entendre une sorte de découragement de ma part (j'ai TOUT essayé, en vain) et le désir de faire bouger le zombie qui est sur mon palier (en vain encore): faire peur, faire prendre conscience du tort, voire susciter un peu d empathie (mais ce type de personnage est-il susceptible de l avoir, cette empathie?)...

Cela dit, ma colère (je précise que ce genre d accès reste rare chez moi même si depuis longtemps j ai coutume de me qualifier de "volcan recouvert de neige") a été alimentée par d autres sources ce qui n enlève rien et à sa légitimité et à son "utilité" psychobiologique; il n est pas bon d étouffer cette énergie qui finirait par se retourner contre soi; je souffre déjà suffisamment de ma vie et de cette période de ma vie...Ces sources. Justement c'est ce sentiment d impuissance à laquelle je suis réduit face à la "méchanceté" (comment dire autrement?) de mon frère qui n entend pas ma plainte réitérée de me sentir abnadonné alors que le temps passe avec les surprises de mon corps (on ura compris que au contraire de celles d un corps d enfant qui grandit elles signent le désastre de l involution). Lui, mon frère, la dernière fois, m a envoyé "dans les cordes" en disant en gros: je en vais pas assumer ton incapacité à vivre seul (lui peut d abord parce qu il a été marié et a eu un enfant et a quitét très tôt la famille pour vivre seul (pour "rencontrer" des filles je suppose). Et vlan! cet homme n entend pas ma plainte, c est clair; alors qu un rien suffirait à m apaiser; un petit sms du genre "çà va" et c est tout....ce petit quelque chose change les choses, simplement...

Cette colère se nourit de toutes les frustrations de me vie aussi; toujours chez moi, ce vif sentiment d indifférence (je vivais dans une "petite ville", Tunis et on connaissait tout le monde dans mon immeuble et dans celui de mes grands-parents. Ici on est (comme la "voisine" sourde et muette) un zombie parmi les zombies. Cette colère cible de manière plus globale cette ville glacée (et revient à la surface ce non-accueil réservé aux pieds-noirs (c est donc une vieille affaire que le rejet des autres) bien entendu perçus comme des nantis, des colons, des voleurs etc. On oublie que ces pauvres gens étaient d abord des jouets de l Histoire( qu on se mette un instant à leur place: croyez-vous qu il soit simple de quitter brutalement son pays, avec sa douceur de vivre ses habitudes, ses amis pour un pays à peine tolérant.
Point d Histoire justement: sait-on que les pieds-noirs européens étaient en Afrique du nord depuis le 19me siècle pour beaucoup; quant aux Juifs, leur occupation du sol tunisien remonte souvent à la haute Antiquité  avant les invasions musulmanes. D un trait de plume des siècles sont effacés; à ce propos je recommande l excellent ouvrage de l historien Bensoussan sur la fin des Juifs en terre d Islam après des siècles de coexistence...De cela on parle moins; çà mérite le détour...

Et surtout à la fin des fins, qu y puis-je si je suis ce que je suis. Je n ai pas demandé à naître avec tout ce qui va avec...

Il y avait tout çà dans ma "sainte colère"; je pense à Job sur son fumier qui hurle à la face de Dieu. Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi moi Seigneur?

Je reviens à l'autre partie du titre force de l habitude qui désigne la difficulté de changer: je ne suis pas le Christ qui tend l autre joue (heureusement il y a d autres épisodes où le Nazaréen montre sa force de caractère) et j'ai déjà dit la nécessité de la colère. Midal, lui-même , avec sa très riche expérience humaine et sa culture gigantesque, avait reconnu un jour que oui il était capable de dire non, de se mettre en colère. La Vie, c est aussi cela; exprimer ce qu on est au nom même de  la simple légitimité égale à celle des autres de défendre ses droits. 

J en arrive au Moi; mon ami québecois, modèle de sagesse aboutie, pour qui le Bien n est pas qu un concept, a noté sur son très élégant site une citation qui disait que celui qui est attaqué n a pas à réagir puisque l agresseur n a personne à agresser; façon de parler pour dire l "assouplissement de ce Moi" que pourfend la doctrine bouddhiste entre autres...

Certes, je ne reviendrai pas sur ce qui précède; je rappelle que j avais terminé mon blog d hier sur la question: "qu aurait fait le Bouddha à ma place?"

La réponse a été soufflée de manière générale par Midal (cf supra) qui médite depuis ses vingt ans!

Ce pénible épisode de la vie quotidienne (la vie quotidienne, c est d abord çà la Vie!) aura au moins témoigné pour ma sensibilité à ce que j'ai ressenti comme une sorte de violence contre ma tranquillité et comme une intrusion dans mon chez-moi (sans compter le fait bien réel des conséquences sur le plan de l hygiène de ces émanations et cela dépasse ma personne).

Plus positivement cette expérience  m'aura montré que rien n est sûr, rien n'est acquis dans cette vie. Je pense à une certaine exaltation ressentie lors du stage de méditation et après (mais ne pas oublier le fonctionnement cyclique et de l organisme et du psychisme!). Savoir si possible raison garder...C est moins "passionnant" mais moins coûteux...

Visionné un documentaire Arte (excellente chaîne; heureusement j ai cette possibilité en août): un homme se voue à rechercher les personnes disparues à la frontière sud des usa. Mexicains, Honduriens, surtout dont les mères ont perdu la trace, une fois ces personnes parties "pour un monde meilleur"; quête difficile dans des zones ravagées par les cartels de la drogue.

J avais moi aussi les larmes aux yeux lorsque cet homme de bien parvenait à mettre la main sur une jeune femme devenue prostituée ou un jeune homme, un peu honteux mais très ému, revenant chez sa mère avec un bouquet de fleurs en lui demandant pardon pour n avoir pas réussi. (?)

Cela pour dire combien le monde a changé (je rappelle que lorsque j ai visité le Mexique "il y a très longtemps" je n ai rien vu de tel ni à Mexico ni à Mérida ni Cancun ni à Oaxaca. Je sais bien; il s agit de zones touristiques mais que je sache maintenant ce pays se débat dans des diffucltés énormes et sa jeunesse souvent très diplômée fuit.

Nous connaissons ce formidable problème en Europe.

Je continuerai la méditation sachant que dans une époque des plus incertaines et des plus anxiogènes et des plus individualistes, je n ai guère de possibilités autres.

"Sois à toi-même ton propre refuge, sois à toi-même ta propre lumière."

Rien à retrancher ni à ajouter...