Alors que l équipe de France s'apprête à affronter non l Angleterre mais la Croatie ("où çà se trouve, maman?"), je me suis déjà interrogé sur la débauche patriotique qui déferle sur la France et j ai cru comprendre ce besoin de "réassurance" face à une identité en question...

Je me demande avec d autres commentateurs les effets éventuels d une victoire de cette équipe de France que je trouve honnête, simple et sérieuse (je souhaite la voir gagner, vraiment).

Je pense que si victoire il y avait ce serait une explosion immense, un peu comme après une frustration et une période de contrainte difficiles, une sorte de libération (ce n'est pas un hasard si les foules des Champs Elysées et d ailleurs m ont rappelé ces images de liesse populaire après l Occupation). Même sentiment de vive détente et d euphorie...Le sociologue Jean Cazeneuve avait bien repéré ces moments d effervescence suivis de retombée dans les sociétés (au fond à l image des individus, et de manière forte chez ceux que les psychiatres appellent "bipolaires")

Mais est-ce que ce temps d exaltation bien compréhensible, ce temps du rêve collectif et de fusion qui casse les frontières du petit Moi (çà soulage) peut-il durer? Non certes mais qu est-ce qui dure dans cette vie? Tout a une fin mais au moins il y aura eu un moment de joie collective et ces moments de joie sont rares: j ajouterais de plus en plus rares avec le bombardement de mauvaises nouvelles qui caractérise cette époque.

Ne boudons pas notre plaisir; un temps le lourd fardeau des soucis sera oublié et nous redevenons jeunes avec ces bleus dont j ai observé en revanche l inhabituelle gravité.

Mais le quotidien terne, dur, oppressant, le principe de réalité reprendra ses droits. Mais aussi la décompression aura donné des résultats et on se sentira un peu plus léger et comme régénéré. C est déjà beaucoup. On comprendra le triomphe à la romaine qui accueillera les vainqueurs!

On est dans le temps court de l évènement aussi extraordinaire soit-il; le temps du quotidien est celui de l habitude ou des rituels (on en a besoin aussi!), du répétitif.
Le temps long, c est autre chose; ce que Hegel appelait Zeitgeist inscrit les évènements eux-mêmes dans des tendances lourdes où le structurel l emporte sur le conjonturel. Par exemple de nos jours le libéralisme triomphant, l homogénéisation du monde, l inégalité des conditions, la violence sociale un peu partout, l économisme, le nihilisme, etc
Dans le domaine économique, Kondratieff avait repéré les "cycles longs de 50 ans" à côté de cycles moyens et courts (expansion-récession)

La Coupe du monde, ne nous y trompons, pas participe des deux, de l esprit du temps dans lequel il s inscrit comme sur une toile de fond mais aussi du temps court.

Une brêche s ouvre pour un moment; mais ne boudons pas ce plaisir car il est rare et donc n a que plus de prix.