Après l euphorie de l accession en finale des Bleus où j ai pu lire en creux la détresse dune grande majorité de nos concitoyens (la Sous-France) j'ai éprouvé le besoin de prendre un peu de recul, loin des réactions à chaud des médias et de la doxa officielle.

L'ouvrage du sociologue Christophe Guilluy met les pendules à l heure ("La France périphérique"). Cet auteur distingue dans la société à l heure d'une mondialisation qui écrase les plus faibles deux grandes catégories de population: les "oubliés" de cette mondialisation  livrés à eux-mêmes (le parti communiste est dans un coma prolongé et les syndicats ne sont plus en prise avec une électorat qui ne croit plus) notamment dans le tissu périurbain (cas de nombreuses communes à l abandon un peu partout du fait des délocalisations) et condamnés à rester sur place avec les plus démunis, les immigrés d où réactions de peur, rejet et vote extrémiste.
En un mot le sociologue a pointé la sourde anxiété  de se voir "envahis" et réduits au statut de minoritaires chez les français dits "de souche"...et les immigrés qui ont "réussi". De fait soit les moins pauvres de ces derniers quittent les lieux soit restent dans une sorte de "négociation" avec les nouveaux arrivants, sorte de guerre froide.

De l autre côté ( j allais dire abusivement "du périphérique") les gagnants de la mondialisation, très minoritaires qui eux clament leur solidarité avec les migrants dans la mesure où eux n ont pas à "supporter" ces migrants (on peut "aimer" de loin!) et envoient leur progéniture dans les écoles chères de l entre-soi. Ces gens (je connais un peu une partie de ces milieux par mes élèves) vivent confortablement cette mondialisation qu ils ressentent comme une opportunité pour leurs affaires: businessmen, artistes reconnus, héritiers entreprenants, haut du panier des médias et des technologies de pointe... Bref ceux qu on appelle "les bobos" et qui votent -ô paradoxe!- pour la gauche ou même l extrême gauche; çà ne coûte rien et çà donne bonne conscience.

Guilluy oppose en gros deux groupes:

les sédentaires contraints, loin des opportunités des métropoles: français de naissance ou immigrés récents en particulier sud sahariens et islamiques radicaux ou pas qui en perte de repères ( d autant plus qu ils n ont plus de référence) n ont que la revendication identitaire crispée à proclamer.

Les "mobiles" (que chérit Macron) ceux qui trouvent leur compte et correspondent aux schémas à la Attali (on remarquera que aussi bien Macron que ce conseiller de tous les Présidents, de Mitterrand II, du virage libéral à Macron ont été ou sont dans la finance: intéressant non?)

C est un livre décapant qui renverse une doxa simpliste et évite le piège de la dramatisation inutile et des schémas de la bien-pensance. De plus cette analyse sans concession rend compte des crispations autour de l immigration partout dans le monde. En Israël même mêmes réactions de rejet face aux migrants venus d Ethiopie réfigiés dans un quartier à l abandon de Tel Aviv, ce qui est très mal vécu par les gens du cru (Israël rappelons-le a été créé pour répondre aux pogromes et à la destruction programmée par le nazisme des Juifs européens, notamment). En France la montée de l antisémitisme soigneusement cachée provoque les départs de plus en plus importants de Juifs subissant de nouveau (mais est-ce qu il y a eu pause réelle; avant, n oublions pas la vogue négationniste avec le sinistre Faurrisson). Ironie du sort; c est pour trouver en Israël un pays sur le pied de guerre avec la terrible menace de l Iran (qui rêve de rayer de la carte ce tout petit pays)

Un seul reproche: quid des classes moyennes vieillissantes de ce pays qui subissent la paupérisation générale (avec effet de ciseaux: d une part augmentation et des charges et des prix, hallucinante et d autre part pour les retraités le "cadeau", le vol d État plutôt de leurs pensions avec cette CGS...Au fait à qui et à quoi sert-elle?) et sont avec Macron dans le collimateur?

Pas grand chose à moins que j'ai mal lu...