Comme je le dis souvent à mes élèves, plus le temps passe, plus je prends conscience de l effrayante complexité du monde et ce n est pas les discours de la publicité, de la com ou des partis et groupuscules extrémistes qui m apporteront un démenti. 
Le simplisme n est pas la simplicité et la vérité affichée comme une et intangible me laisse rêveur, alors que le monde atteint des niveaux record de complexité; pour ma part je distinguerai complexe et compliqué. On a la chance d'avoir les deux. La complication à mes yeux c est une complexité inutile, tatillonne, scrupuleuse: l art de couper les cheveux en quatre? La multiplication des normes (curieux ce mot; j entends avec lui "normalité"; qui est normal?) partout me semble souvent le fruit de ruminations des têtes d oeuf qui codirigent l Europe depuis Bruxelles et le monde depuis "les instances internationales" (FMI, Banque Mondiale, etc).

La complexité est celle, bien réelle et non surajoutée par les technobureaucrates payés pour nous compliquer la vie, déjà si difficile en soi. On observera que toutes les mises en garde, notifications, instructions, recommandations n empêcheront jamais les gros problèmes qui nous assiègent: écologiques, techniques, relationnels, sanitaires, alimentaires, etc
Le monde exploré comme jamais par la science (avec les excès reconnus de la course à la publication, de la corruption, d'une méthodologie insuffisante, etc) se révèle toujours plus complexe, étonnant, presque incroyable (exemple: la stimulation du nerf vague ayant des effets sur les états comateux ou la révélation de la polyvalence des organes moins spécialisés qu on le pensait jusqu ici etc).

Cependant cette science, avec les excès qui sont ceux de notre monde fondé sur la vitesse, la concurrence féroce, le profit maximal, pose un redoutable problème; et si ce monde comme l horizon qui recule à mesure que nous avançons était sans fin? La Science décidément n étonne mais ne me fait pas rêver parce qu elle ne répond jamais aux grandes questions notamment: quel sens a tout cela?

Je reviens à l intelligence qui n est pas la raison (cette raison a pour objectif de résoudre des problèmes d ordre général en procédant par catégories rigoureuses et procédures formelles: analogie, déduction, induction); l intelligence apporte un plus et de taille; elle inspecte le monde et sa complexité bien réelle mais apporte à la résolution de nos difficultés une réponse plus fine, enrichie par l expérience, plus inventive. Ulysse est souvent représenté comme le héros intelligent par excellence; il s adapte à l imprévu, à l aléatoire, à l exceptionnel; ses conduites contournent la difficulté, l abordent de biais, rusent avec elles. La nature ne répond pas comme on s y attendait; alors essayons d autres voies.

La raison est abstraite et a une visée universelle mais ce faisant elle manque la singularité. 

La nature voilée se laisse séduire par la métis d Ulysse qui la trompe pour arriver à ses fins.
Dans le march sans fin de l Homme avec le Réel, l intelligence proche des ressources de l artiste a une longuer d avance.
Pascal le disait mieux, lui qui avec son génie universel jouait des deux compétences: raison et intelligence ce qu il appelait esprit de géométrie et esprit de finesse avec ce bonheur de l expression qui fait les grands classiques.

Je prendrais le parti de l esprit de finesse car à mon avis il est plus à même de répondre aux défis d un monde complexe et compliqué.