Je visionnais hier après-midi un clip de MIdal toujours autour du thème du narcissisme tel qu il le revisite de manière radicalement nouvelle (en gros, pour lui, le narcissisme est une bonne chose). Narcisse se rencontre plutôt qu il ne s'aime; mais j espère en parler par la suite...

Cette énigme que tout le monde rencontre dans la vie ordinaire est la suivante: lorsqu'on rencontre quelqu'un pour la première fois, il nous apparaît différent la seconde fois.

Je me demande à titre de première explication si ce phénomène singulier n a pas à voir avec la familiarisation (ce qui n est pas sans rapport avec le thème du blog d hier).

La première fois, il y a un effet de surprise puisque c est l Inconnu qui vient à nous. Tous les mécanismes de la reconnaissance (leur base est dans quelque région du cerveau) sont déstabilisés; il y a un nouveau frayage dans le réseau des neurones.

Au point de vue psychologique, on est déstabilisé et la seconde fois est nécessairement une reconnaissance; la personne nouvelle la veille a subi un "traitement" interne et du coup change phénoménologiquement. L'autre qu'elle fut briévement devient même.

Nous passons du pays inconnu au territoire (re)connu.

Je me pose la question: et si le visage à présent reconnu et perçu différemment de la première fois n'avait pas subi un trvail de comparaison avec d autres visages mémorisés. 
Dans le premier cas, l'"objet" nous percute pour ainsi dire sans qu il y ait eu élaboration et dans le second cas une sorte de classement et d apparentement a eu lieu, ce qui demande du temps. 

On est passé de l inconnu au connu et au reconnu grâce au jeu du classement.

La métaphore suivante aide: on pourrait imaginer que nous rencontrons une personne inconnue de nous. C est du neuf; cette personne nous informe qu elle est parente d une personne connue de nous; de ce fait elle nous apparaît différente puisque d isolée au départ elle est mise en lien avec une personne connue de nous.
Du coup, les traits non vus da bord sont mis en relief et d autres au contraire placés au second plan.

Ce phénomène courant dont tout le monde fait l expérience est à mettre dans la catégorie générale de tout ce qui nous arrive dans la vie. Soit il s'agit du familier qui rassure mais peut aussi lasser soit de l étranger qui nous surprend et peut nous séduire ou nous inquiéter.

Narcisse n est pas loin ni probablement notre venue au monde.

Lacan a parlé du stade du miroir vers les 6 mois. Le petit enfant à cette phase du développement se reconnait comme étant lui ou plutôt son reflet, lui comme différent de sa mère qui est à ses côtés.

La jubilation qui s empare du petit être signifie la joie d'un Moi libre, prenant conscience de sa vie propre. Seconde naissance faisant contraste avec l autre (première) naissance, terrifiante (ce cri pas seulement physiologique à mon avis).

Et si la vie in fine n était pas un retour permanent aux expériences fondatrices de notre être?