Ce n est pas dans le modeste format d un blog que l on peut non résoudre mais ne serait-ce que poser correctement ce problème, objet de tant de débats, de tant de livres et de films, de tant de thèses en sciences sociales.

Cependant, je vais essayer de semr quelques réflexions sur ce sujet.
D'abord j observe que c est un problème qui ne se posait pas jadis ou naguère (au choix). Je m'magine dans les années  50 ou 60 ou 70. Non il n était pas question de l identité dans le débat public; d autres sujets nous accaparaient.

Pourquoi ce sujet récurrent, pourquoi maintenant?

J avancerais quelques pistes; je pense être de plus à même de réfléchir là dessus, par le fait que je vis (mal en ce moment tout particulièrement dans ce pays, la France qui va mal, qui a mal comme moi à son "âme") sur un territoire différent de celui de mon lieu de naissance au sein d une population qui n a pas manifesté un amour fou pour les gens venus du Maghreb après les indépendances bien qu étant de nationalité française; déjà premier élément de réponse: les "papiers" ne sont pas le tout même s ils contribuent à construire une identité; j ai connu un homme d'origine slovène pour qui la possession des papiers était une véritable obsession. Le papier symbolise l appartenance officielle auprès des autorités, la preuve tangible d une "acceptation" par le nous de la collectivité "choisie".

Mais c est loin d être suffisant, on s en doute.

Au premier plan, je pense que l identité fait question au moment même où la mondialisation qui est de fait une uniformisation forcée du monde génère l interpénétration des cultures à marche forcée.

Aussi bien l économie dite "néolibérale" avec son cortège de souffrances (le mot n est pas trop fort!) que la technologie impérialiste imposent des normes à tous. Que vous soyez indien, italien, péruvien ou nigérian, les mêmes standards vous asservissent et derrière ces standards une vision du monde et des valeurs qui ne sont pas nécessairement vôtres.

La même mondialisation a fait se rencontrer très rapidement des gens que rien n aurait du se faire rencontrer d où les mécompréhensions, la difficulté de décoder le comportement des autres, les aléas de l acculturation plus ou moins  mal vécue.

Chacun se pose, qu il le veuille ou non cette question: mais qui suis-je alors dans le fond et la forme?

Mes grands-parents vivaient tranquillement dans la banlieue de Tunis comme si l éternité était derrière eux et devant eux.

Le monde a changé brutalement, créant des abîmes entre les peuples qui s enferment sur un passé révolu ou rabotent leurs origines pour ne pas se sentir hors jeu hors je.

Le sentiment de flottement pénible d une identité soudain devenue floue est enfin accentué par cette difficulté de vivre dans un monde unipolaire. La perte de l antagonisme est-ouest apour moi aussi un effet délétère.

Pour être moi il faut que je me confronte, non pas à l autre qui peut m enrichir et m ouvrir et dynamiser mon identité mais aussi m ancrer dans un nous où je me reconnaisse (ainsi du temps de la guerre froide il y avait nous et les autres; chacun son camp).

L identité fait mal aujoud'hui: trop de changements et trop rapides la déstabilisent, la fragilisent, la font vaciller.

C est in fine une tension (les artistes peut-être parviennent à la jouer et à s en jouer peut-être) entre l Autre et le Même qui atteint un degré sans précédent à échelle d une vie en tous cas; attention toutefois aux anachronsimes; certains historiens utilisent hâtivement le concept pour écrire sur le passé.

Chacun "bricole comme il peut avec ce sentiment d étrangeté nouvelle, d' "étarngèreté" je dirais même.

Je parlais des artistes; pensons au fameux "je" est un autre de Rimbaud qui avait reconnu dans ses profondeurs un étranger. Il y a aussi des tentatives de gommer la douleur d être un autre, la souffarnce d être différent (avec comme sens ultime le sentiment d être rejeté...par sa mère). On se lance dans la politique; un "nous" pour se réchauffer, dans la maçonnerie un "nous" qui unifie les différences de manière quelque peu artificielle certes mais étayée sur l universalité de l éthique kantienne, dans la conversion avec ses difficultés, dans la négation de soi (exemple des "mariages dits "mixtes" mais l expérience a montré qu un jour ou l'autre éclatera le dissensus puis la rupture)

Il est difficile de se vivre comme un être humain désancré de ses origines qui vous ont façonné. D une certaine manière poser la question de l identité c est se poser la question: qu est-ce qu être un être humain? Un élément de l espèce humaine, mais c est nier notre dimension culturelle  et historique, ou un citoyen de mon pays, mais c est alors se fermer aux autres qui nous contraignent à réfléchir sur ce que nous sommes et ne sommes pas, des êtres en devenir par la force des choses ne serait-ce que parce que nous relevons de lois biologiques.

Je tenterai une conclusion très provisoire tant le problème est complexe. Et si avoir une identité  c était l éprouver comme un équilibre dynamique entre le changeant et le permanent.

Héraclite ( fleuve je ne me baignerai pas deux fois dans tes eaux) ou Parménide (champion de la permanence) le choix est là mais ces deux philosophes premiers opposés se rejoignent aussi: tous deux sont les produits du monde grec donc de cet Occcident en litige, cet Occident qui vacille mais en même temps a imposé au monde entier simultanément ses valeurs...

Rupture, continuité au plan philosophique on ne saurit concevoir l un sans l autre.