Peut-être n ai-je pas très bien compris ce que Fabrice Midal voulait signifier par la "tendresse du monde"...mais ce que je constate moi c est la montée de la dureté du monde, de l intolérance, de la non-écoute d el autre, du mépris, de la dévalorisation; l atmosphère sociale est saturée de tension; cette tension, je la sens dans mon corps, comme une électricité permanente, insidieuse, incontournable, partout dans ce pays.

Petite illustration hier: je me rends chez un élève que je vois pour la troisième fois (je n'ai toujours pas été réglé, mais passons...); j ai paraît-il noté sur le bilan que ce jeune me semblait démotivé . Est-ce un jugement vexatoire, excessif, partial? Je ne pense pas;c en est pas dans mes habitudes et c était tellemnt flagrant...

Hier fatigué après un cours difficile (une élève méticuleuse entrant dans les détails presque inutiles; heureusement j avais eu la bonne idée d apporter un vademecum assez complet; on se serait cru dans un jeu télévisé mais passons encore), voilà que je tombe sur le père du garçon, un italien aux origines "nobles"; sur le bulletin trimestriel l expression: "désinvolte" apparaissait plusieurs fois; en français le jeune s en "tire" avec 7 sur 20(alors que l épreuve du bac n est plus très loin). Le père croit bon de me signaler agressivement qu il était premier l an passé. Peut-être mais si on change d établissement il y a ce genre de risque; on s informe avant les inscriptions...

Revenons au père, homme grand, sec, au regard étrangement dur (que j ai perçu comme tel); il me fait sur un ton cassant, presque menaçant: "alors j ia vu que vous avez écrit "démotivée" sur le bilan". J avoue que j étais quelque peu désarçonné et par le ton et par le regard et par la taille inusitée de ce personnage. Je lui avoue que je ne me souvenais pas de cette notation parmi d autres et l'agressivité appelant les réactions défensives, je lui réponds que je ne me souviens pas de l' avoir dit et que de toutes façons je n étais pas un magicien et que la moyenne de français ne pouvait être remontée à 10 alors qu on prend des cours de soutien fin janvier!

Pas content le Monsieur, il m'aurait bouffé tout cru. Oser dire çà de mon fils (j aurais pu dire à ce père courroucé; mais occupe-toi de lui un peu plus et ouvre les yeux; ce gosse n est pas à sa place dans un établissement trop exigeant) il faut savoir que la compétition est telle de nos jours que certains parents, coûte que coûte, au sens propre, inscrivent leur progéniture dans les établissements très sélectifs au prix de la souffrance des enfants sils ne sont pas à la hauteur.

Mais çà on ne le voit, on ne veut pas le voir. Et fonctionne à plein le haro sur l enseignant incapable; j imagine l ambiance dans les lycées et collèges moi qui vis ces problèmes en position d extériorité. Il me semble qu une sorte de guerre se déroule entre parents de plus en plus agressifs envers les collègues (il est vrai que comme partout il peut y avoir ici et là des brebis galeuses...) et les ensignants de plus en plus pointilleux et sévères.

Je suis le dernier maillon, le plus faible et la colère se déverse alors sur moi qui n en peut mais.

A la tension sociale ordinaire liée à la lutte pour la vie s ajoute le ressentiment des "pauvres" et le quant-à-soi des "riches"...

Douce France, tu parles, France dure, violente, angoissée, envieuse.

C'est la France que Macron encourage: "le renard libre dans un poulailler libre" et l Histoire bégaye de nouveau comme un cauchemar récurrent...